#71 – (In)action écologique : notre cerveau en question – THIBAUD GRIESSINGER

Que disent les sciences cognitives sur notre capacité à agir face à l’urgence écologique ?







Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs…

On sait, et pourtant on ne fait pas ce qu’il faut. Pourquoi ?

Il y a évidemment plein de raisons à cela, à commencer peut-être par le fonctionnement de notre cerveau qui aurait une fâcheuse tendance à nous jouer des tours, à tordre notre perception du réel, à biaiser la supposée rationalité de nos jugements et de nos actions.

Que disent les sciences cognitives sur notre capacité à agir face à l’urgence écologique ?

Thibaud Griessinger, est docteur en neurosciences, chercheur indépendant et consultant en sciences cognitives appliquées à la transition écologique ; il se donne pour mission de remettre l’humain au cœur des problématiques environnementales.

D’après lui les sciences cognitives sont un outil pour mieux nous connaitre, comprendre notre rapport au réel, et nous permettre d’établir des stratégies communes pour relever le défi écologique.



Notes détaillées :



03:00 – Qui est Thibaud Griessinger

  • Docteur en sciences cognitives, chercheur indépendant, étudie le lien entre les sciences cognitives et la transition écologique.

  • Amener les connaissances en sciences cognitives pour les mettre à disposition des acteurs de la transition écologique.

  • Création d’un collectif de chercheurs en sciences cognitives et sociales : https://www.acte-lab.com/.


05:00 - Comment se construisent nos opinions, nos choix, notre rapport au réel ?

  • Les sciences cognitives, une discipline pluridisciplinaire (psychologie, anthropologie, sciences sociales, ...) avec un objectif : comprendre comment fonctionne notre esprit.

  • Les présupposés : l'esprit est logé en grande partie dans notre cerveau.

  • Le cerveau capte le monde via nos sens, il réalise une reconstruction (processus cognitif), avec un risque de simplification (les biais cognitif par exemple), dans un monde complexe soumis à une information de plus en plus dense et contradictoire.

  • L'appréciation du climat est un processus très complexe (par exemple climat ≠ météo).

  • Les réseaux sociaux posent trois principaux problèmes :

  • 1) Ils sont exogènes : comment appréhender le processus de construction de l'information.

  • 2) Ils sont endogènes : l’information est dépendante de notre capacité d’appréhension et de compréhension.

  • 3) Ils favorisent le phénomène de boucle et de rétroaction (plus on clique sur une information, plus elle nous sera proposée par la suite).


11:00 – L’Homme est-il rationnel ?

  • Postulat de départ : l'être humain se prétend rationnel.
- Nous fonctionnons avec des représentations du monde et de nous-mêmes : nous choisissons l'hypothèse la plus cohérente au travers de notre prisme de compréhension.

  • Notre processus intellectuel pousse au biais de confirmation. Nous retenons une dualité de fonctionnement : automatisation via des règles euristiques (recours à notre expérience) et un mode réflexif, en vue d'apporter une réponse plus juste et casuistique.

  • L'Humain a besoin de rationalité, donc il est capable de l’auto créer.

  • Notre cerveau a du mal avec l'imprévu, au risque de créer des théories de « surinterprétation » pour en tirer des liens d'intentionnalité.

  • La difficulté de la prédiction croît avec l'échelle du temps et du champ d'application.

  • L'humain fait face à une triple problématique :

  • 1) Nous avons du mal à être objectif avec nous-même : qu'est-ce qui motive notre comportement, l'usage de processus de rationalisation et de stéréotypes.

  • 2) Nous fonctionnons avec des représentations du monde et de nous-mêmes : nous choisissons l'hypothèse la plus cohérente au travers de notre prisme de compréhension.

  • 3) Le biais de confirmation (cf. supra).


27:00 - Notre cerveau est-il responsable du changement climatique ?

  • La prédiction met notre cerveau à rude épreuve : la difficulté de la prédiction croît avec l'échelle du temps et du champ d'application.

  • Une double problématique : le temps accélère, et les lignes / les données de références bougent, rien n’est figé, nous devons constamment nous adapter et faire face à l’imprévu.

  • Il est difficile de s'abstraire de ses représentations et des normes, même dans un monde qui bouge.

  • Dans le doute et face à l’incertitude, nous nous inventons des histoires : virtualité et distanciation avec le monde qui nous entoure.

  • Réseaux sociaux / représentations partagées : notre cerveau est social (pression sociale, impératif du groupe, représentations partagées).

  • Changer de représentations partagées = changer de normes sociales : sommes-nous prêts ?

  • Notre capacité à produire des arguments et des raisonnements qui sont des signaux à destination des autres, sans forcément que son auteur y adhère : théorie argumentative du raisonnement (raisonner ne correspond pas forcément à la quête de réalité, mais à la volonté d'acquérir un certain statut social).

  • Le complotisme résulte d'un effet de groupe.


40:00 - Le diagnostic et le passage à l'action

  • Comment comprendre le changement climatique : question de la visibilité du changement climatique et de la méthode scientifique (les scientifiques recourent à l’expérimentation).

  • La communauté scientifique est résiliente et doit nous apporter des clés de lectures objectives, avec le risque de surinterprétation (par exemple l'instrumentalisation du doute).

  • Tendance à l'usage des sciences cognitives dans un but de manipulation (fake news, Bullshit), alors qu'elles doivent au contraire renforcer le bien commun.

  • La compréhension individuelle n'est pour autant pas forcément un préliminaire au passage à l'action : par exemple, les normes sociales permettent de l'action sur le simple jeu du mimétisme.

  • Quelles connaissances sont nécessaires au passage à l'action et quelles sont les entraves au passage à l'action ?

  • 1) Les concepts et les connaissances visés dépendent des outils mis en œuvre (par exemple, la fresque du climat).

  • 2) Difficulté d'appréhension des biais transversaux et spécifiques.

  • 3) Difficulté d'écoute et de compréhension du point de vue de l'autre.

  • 4) Le travail de terrain et de mise en pratique ne cesse de croitre.


01:04:00 - Il faut communiquer et écouter.

  • Il faut comprendre ce qui se joue avec le changement climatique et éviter l'écueil du « personne n'est responsable ».

  • André Malraux : « Juger, c’est évidemment ne pas comprendre, puisque, si l’on comprenait, on ne pourrait plus juger. »

  • Comment optimiser la concertation citoyenne ? Il faut que l'ensemble des intervenants trouvent un accord commun via le dialogue. Il faut faciliter la construction de stratégies communes et aboutir à une forme d'intelligence collective via les sciences cognitives.

  • La compréhension humaine est partout avec toujours le risque du processus récursif et le biais de confirmation (tout est en tout et dans tout).


01:11:00 - Comment aider à la construction des plus jeunes ?

  • Les adultes doivent éduquer à l'esprit critique.

  • Il faut faire confiance aux jeunes, les guider sans tomber dans le paternalisme, ni les priver de leur expérience.

  • Les jeunes disposent des codes d'internet et des réseaux sociaux, les rendant plus aptes à détecter les infox que leurs parents.

  • Les marques ont réussi à pénétrer profondément l'identité des jeunes en structurant leur culture et leurs codes.

  • 3 outils pour aider les plus jeunes :

  • 1) Il faut être en constante vigilance pour détecter les travers cognitifs.

  • 2) Il faut enrichir nos représentations et nos modèles mentaux (disposer d'un bagage de culture suffisant pour faire corps et sortir de l'individualisme).

  • 3) Il faut avoir conscience de nos limites : composer avec nos limites.

Livres recommandés par Thibaud :



NB: un grand merci à Bertrand Carteron, membre de la communauté, pour la rédaction de ces notes.



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