Des futur souhaitables ? - Mathieu Baudin

La fin d’UN monde n’est pas la fin DU monde






Historien et prospectiviste de formation, Mathieu Baudin est directeur de l’Institut des Futurs souhaitables (IFs), un Think and Do Tank dont la vocation est de diffuser librement des nouveaux savoirs pour réhabiliter le temps long dans les décisions présentes et d‘inspirer des futurs souhaitables.

Il est l’auteur de « Dites à l’avenir que nous arrivons », paru en juin 2020.

Nous parlons de pensée systémique, de l’importance de l’imagination pour changer notre regard, d’optimisme et d’un monde en trans-mutation.


Notes de l'épisode


1’ - Introduction

• Mathieu, jeune papa, explorateur du futur et d’une partie du passé, voyageur dans le temps

• Formation d’histoire. Il fait de la prospective « voyager dans le temps et penser le futur »



2’ - Son regard sur l’époque ?

• Pensée singulière, celle de l’histoire au service du futur

• Archéologues et prospectivistes sont deux raconteurs d’histoire pouvant changer l’histoire

• La/le prospectiviste, contemporain de l’histoire est une espèce fabulatrice qui se raconte des histoires avec une telle force qu’elle/il y croit

• La plus grande histoire qu’on se soit racontée, c’est l’histoire de l’argent


4’ - Sa méthode de compréhension du réel ?


• L’essence même de la prospective, une indiscipline intellectuelle selon Pierre Massé (petite confusion avec Jean dans l’itw), née dans les années 50 en Europe dans une phase de résilience pour reconstruire et installer des décisions politiques

• La pensée prospective, c’est la pensée du tout « toutes choses interconnectées » sur du temps long, un art avec peu de limites

• Un des secrets: bien s’entourer de gens qui se rassemblent sans se ressembler

• La prospective, c’est l’art d’éclairer celles et ceux qui prennent des décisions en conscience

• Méthode systémique, sismique, panoramique, produit de mélange et d’hybridation

• Travailler sur les interconnections responsables de la complexité du monde, complexité qui se nourrit d’interdépendance


6’- Sommes-nous à un tournant de notre histoire ?

• Préambule: Mathieu, contemporain et acteur de l’époque, pas plus lucide qu’un autre

• L’histoire se fait à posteriori: la renaissance, qui a bouleversé 1000 ans de statu quo, est cet entre-deux, nommée renaissance à posteriori par les modernes, et non par les filles et les gars qui ont vécu cette période de grande crise et de tensions énormes

• Nous sommes peut-être dans une renaissance, il aime à le croire et y contribue

• Notre période, digne du néolithique selon certains, est une période de grande métamorphose - Tout l’enjeu est de savoir comment y participer ?

9’- Comment identifier le point de bascule ?

• Notre temps est celui de la postmodernité comme souligné par les sociologues

• Le choix du nom de notre période est encore libre, beaucoup de propositions pour le grand chaos

• La grande métamorphose sera peut-être le terme retenu par nos descendants

• La révolution industrielle du 19ième siècle avec l’épanouissement de la force motrice, carbonée est en train de se terminer

• L’anthropocentrisme est toujours là, on va devoir relativiser la place de l’humain

• Définir une autre économie basée sur d’autres valeurs


13’- Quelle grande ligne d’évolution culturelle en lien avec le système terre ?

• Le fonctionnement en silos a permis de mieux comprendre les choses en les séparant

• Notre siècle, celui de la complexité, célèbre lui l’interdépendance et les interconnections

• Passons des déclarations d’indépendance aux déclarations d’interdépendance

• Changer son regard, ça change déjà le monde; Le regard biologique sera transformateur


16’- La confrontation avec les discours actuels en silos, binaires, dénués de capacité d’écoute

• Au quotidien, nous avons tendance à résumer à l’essentiel, au plus simple

• Introspection et changement à minima: une exploration où on se sait pas ce qui va arriver

• Les interconnections, comme celles du web, peuvent diviser et aussi rassembler

• L’énergie mortifère est partout, également les forces de la vie pour s’inscrire dans le temps, créer un demain et quelque chose de neuf pour toute la planète

o Les mêmes esprits positifs, de Rio de Janeiro au Brésil à Porto-Novo au Bénin, avec l’échange de bons plans et astuces qui rassemblent

o Le rêve à l’international aux 18-19ième va peut-être se concrétiser


19’- La fin d’un monde n’est pas la fin du monde. Parlons de la guerre des imaginaires et d’optimisme offensif : quel enjeu pour les imaginaires ?

• L’enjeu des imaginaires, c’est l’enjeu préalable à toutes les batailles

o « Si on ne change pas ce qu’il y a entre nos deux oreilles, quelle que soit l’action menée, à priori, cela ne changera pas grand-chose »

o « Nous sommes toujours ridicules dans une voiture électrique bloquée dans un embouteillage. Si le transport et la mobilité ne sont pas repensés en amont, on y trouvera les mêmes affres y compris avec des technologies plus vertueuses »

• S’ouvrir au max pour essayer de voir différemment un monde qui appelle à la réinvention

o Il y a plus de risques à ne pas bouger, qu’à bouger

o Il y a plein de germinations, tentatives et essais-erreurs pour prendre son destin en main partout dans le monde, aussi des forces rétrogrades et mortifères pour nous ramener dans un passé moisi que l’on pense avoir connu

• Quel est l’imaginaire que l’on veut mettre dans la tête de ceux qui vont créer le siècle ?

o C’est une question d’énergie : l’imaginaire est au service d’une énergie, d’une force de vie, à chacun de trouver son ressort pour monter sur le chantier de la cathédrale

• Penser que demain est un monde ouvert nous aide à construire ici et maintenant


24’- Comment être un optimiste réaliste face au climat ? C’est quoi le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de volonté comme évoqués dans ton livre ?

Antonio Gramsci, au contact d’une métamorphose plus violente que la nôtre, disait que dans cet entre-deux, des forces sombres apparaissent de partout (ex: médias/ réseaux sociaux), également des explorateurs et forces de vie

• Le mot optimiste est un mot piégeant. C’est plus une question d’énergie

• Quelle énergie choisissez-vous pour participer et rentrer dans l’époque ?

o L’énergie de colère, de peur, de défiance, de construction ou de destruction ?

o François Taddei parle de méliorisme « faire mieux avec moins »

• Le climat, le sujet le plus insoluble de la période

o « Les neiges éternelles du Kilimandjaro ne seront plus éternelles pour nos petits-enfants, c’est acté et irréversible »

• Opter pour la construction et non la destruction mortifère pour maintenir l’histoire


28’ - Comment trouver la bonne énergie pour la pratique de la résilience ?

• Nourrir le mouvement est une question d’énergie et de vibration

• La lucidité ce n’est pas le scénario d’arrivée, plutôt une base de départ

o Nous sommes lucides en contribuant au monde

• 4 scénarios: deux scénarios noirs et tendanciels, homonymiques aujourd’hui; le scénario de rupture (imaginons Cadarache découvrant l’énergie illimité), le scénario souhaitable

• Le scénario souhaitable est une question non pas d’optimisme, mais de volonté: que voulons-nous pour demain ?

o La volonté n’est posée ni en économie ni en politique

o Avant gouverner, c’était prévoir. Aujourd’hui, gouverner devrait être vouloir


31’ - Les spectres des possibles se refermant un peu plus chaque jour, qu’est-ce qu’un futur souhaitable s’inscrivant dans la contrainte du réel ? Quelles sont les forces profondes pour citer Raymond Aron qui orientent notre imaginaire et nos actions ?

• Petite aparté sur la définition du réel qui correspond ici à la lucidité du monde tel qu’il est, sans prendre en compte le réel de la trajectoire qui lui dépend de la volonté humaine

• Le réel de demain sera très certainement différent de ce que nous pourrions imaginer aujourd’hui


35’- Comment débloquer nos imaginaires ?

• Décoloniser nos imaginaires en répondant à la question « à quoi aspirons-nous? »

o Un équilibre avec la nature ?

o Des valeurs nouvelles comme la congruence ?

o Une bonne gestion des relations intergénérationnelles ?

o Une éducation proche de l’essentiel ?

o Une histoire revisitée par l’amitié des grands peuples et non les guerres ?

• Le réel nourrit la stratégie et n’est pas nécessaire à la phase d’idéation

• Plus nous parlons de nos aspirations, plus nous nous rendons compte que nous ne sommes pas si singuliers

o Nous rêvons tous de la même chose, quels que soient les continents et générations

o La covid-19 a mis en exergue nos manques et besoins, avec passage à l’imaginaire et l’action

• Penser à ce que l’on veut, établir une stratégie avec différents moyens, puis choisir

• Imaginer avec l’existant empêche les sauts quantiques

o Victor Schoelcher a aboli l’esclavage en repensant l’économie

o Nous n’avons pas toujours suivi le mode salarial ou utiliser du carbone


38’- Au niveau émotionnel, comment devenir lucide avec le risque de prendre des claques ? Comment éviter le pessimisme ? Comment gérer et accompagner les autres ?

• Le secret pour la phase de lucidité: La claque passe mieux en collectif que seul(e)

• L’IFS fonctionne en mode caravelle pour s’épauler au cours de cette phase de lucidité

• Il est urgent de prendre le temps pour soi et le questionnement

o La maturité, c’est le produit du temps que l’on s’accorde pour les problématiques

o En prenant le temps de la complexité, on voit émerger des jeunes pousses

• Pas de révolution, mais une évolution, avec des arbres qui tombent et des jeunes pousses fragiles interconnectées

o Il n’y a pas de vérité dans le monde de demain, de préférence des convergences

o Contribuer et célébrer les convergences : c’est accélérer la naissance d’une nouvelle forêt

o « Une forêt tombe pour qu’une autre apparaisse », ses deux forces sont concomitantes


42’- Vouloir changer le monde ne serait-il pas un mythe ?

• Commencer par changer son monde, c’est contribuer à changer le monde

• Le changement radical n’est plus considéré comme marginal ou utopiste

• Peu importe la raison pour participer au chantier de la cathédrale, ce qui est important c’est ce que l’on veut y faire et avec quelle énergie

• Changer le monde en y intégrant le programme des jours heureux


46’- Les armes de l’action, comment et par quoi substituer des désirs culturellement très ancrés ?

• Pléthore d’armes de construction massive en fonction du niveau d’importance et du périmètre: hacker la culture, enlever un golf et y replanter une forêt, 1000 manières de revoir le besoin de nature hors-sol pendant la période des Trente Glorieuses

• La Covid-19: 1ier phénomène mondial de pause avec inventaire des mêmes besoins

• Célébrer les convergences au-delà des divergences


50’- Comment désintégrer les forces de résistance ?

• Les références culturelles bougent vite

o Le CDI, considéré comme le Graal, ne fait plus rêver personne

o Le salariat a seulement 150 ans, avant tous entrepreneurs ou startuppers

o L’entrepreneuriat redevient un synonyme de liberté

• Rester dans un statu quo sans rien bouger est dangereux

• La folie a changé de camp, aux fous qui veulent qu’on continue comme avant de se justifier

• Changer les indicateurs de richesse à l’ONU et en Europe peut accélérer le changement

• Le bilan écologique et social dans une entreprise fait aussi bouger les choses

• Tout est question de dose, néanmoins il faut faire

Les 3 As de Julien Vidal : Abandonner quelque chose, Améliorer quelque chose et Adopter quelque chose de nouveau


54’- La 1ière qualité pour s’engager ?

• Le préalable « bien s’occuper de soi avant de s’occuper du monde » n’est pas facile

• Les 3 qualités des Jedis « lucide sur le monde, une énergie choisie, et des armes de construction massive », avec un collectif sans limite d’âge


57’- Bonne nouvelle du futur ? L’enjeu des enjeux ?

Dans l’éducation, cours du futur et d’histoire côte à côte pour libérer l’imaginaire

Redéfinir le jeu et non les joueurs : si le Dalaï-lama et Mère Teresa jouent au Monopoly, la fin sera toujours la même. Le problème, c’est le design du jeu et non les joueurs.


Les livres recommandés :


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