Épisode de conclusion de la série sur l'histoire de l'épistémologie et de la connaissance.
Dans ce dernier épisode de la série sur la connaissance, Julien propose une conclusion personnelle et réflexive, partageant ses doutes et convictions après ce long voyage à travers l'histoire de l'épistémologie. Partant d'une simple question de sa fille sur l'existence de la vie extraterrestre, il explore notre rapport au réel et à la vérité dans un monde de plus en plus complexe. Entre certitudes scientifiques et zones d'ombre, entre savoir théorique et expérience pratique, cet épisode nous invite à développer une "épistémologie pratique" - une façon de naviguer dans la complexité sans s'y noyer. Un témoignage intime sur la quête permanente de compréhension, où les questions importent souvent plus que les réponses.
Qu’est-ce que le Réel, quelle est ta définition du réel ? Si c’est la question que vous avez finalement le plus entendu en écoutant Sismique ce n’est pas tout à fait par hasard.
Et ce n’est pas un hasard non plus si je viens consacrer des dizaine d’heure à étudier le sujet de la connaissance, de la vérité, de l’epistemologie, c’est à dire de la methode pour construire du savoir. Et si mon livre s’appelle “le monde change et on n’y comprend rien” en référence au slogan de Sismique depuis des années, c’est aussi pour une bonne raison.
C’est que, probablement comme vous, je suis en quête.
Je veux y voir plus clair sur cette époque de fou et ce qui s’y joue, par curiosité d’abord mais aussi parce que je suis convaincu, peut-être à tort d’ailleurs, qu’une connaissance plus fine, plus juste, plus vraie, des enjeux, des tendances, des structures du monde, pourrait nous éviter de commettre de grave erreurs, et que les erreurs au 21e siècle, pourraient couter tres cher. Très cher à nous même, mais aussi à l’humanité entière, aux générations qui viennent et plus largement encore à l’ensemble du monde vivant présent et à venir.
Je veux mieux comprendre les règles du jeu, distinguer les règles qui nous échappent totalement de celles sur lesquels on a peut-être encore la main. Et in fine, je ne sais pas ce que je ferai de cette compréhension, de cette connaissance, mais j’ai l’illusion de croire que je serai au moins un peu plus conscient, et donc peut-être un peu plus libre. Et la liberté, c’est un truc important pour moi, chacun ses boussoles.
Connais-toi toi même. Pour être libre de ne pas te laisser balader par tes pulsions. Connais le monde, pour faire de meilleurs choix, pour toi et les autres.
L’extrait que vous avez entendu est tiré d’un épisode de la série Mr Robot, de Sam Esmail, dont la saison 1 qui date de 2015 est une des meilleurs de toute les séries que j’ai vu.
“Le reel, tu veux qu’on en parle du Réel”.
Pour parler du réel serieusement il faut faire un pas de côté. Déconstruire. Se rendre compte de notre conditionnement, de nos biais, de nos limites, de notre point de vue qui n’est pas celui des autres, de nos mécanismes mentaux, de nos croyances, celles qu’on s’est construites et celles dont on a hérité…
Ca parait simple le réel, c’est ce qui est devant nous. Et pourtant c’est tellement compliqué. Un “mind fuck” comme disent les américains. Une prise de tête.
L'autre soir, en bordant ma fille aînée, elle m'a posé une question apparemment simple : 'Papa, est-ce qu'il y a de la vie ailleurs dans l'univers ?' J'ai commencé à lui expliquer que statistiquement, vu le nombre d'étoiles et de planètes... puis je me suis arrêté net.
En fait, je n'en savais rien. Personne n'en sait rien.
Et cette simple question en cachait tellement d'autres : qu'est-ce que la vie exactement ? Comment être sûr de quelque chose qu'on n'a jamais observé ?
Et aussi, comment expliquer à une enfant qu'on peut avoir des convictions tout en acceptant de ne pas savoir ?
Cette série sur la connaissance est née de tout ça. De ces moments où nos certitudes vacillent, où le doute s'immisce, où l'on réalise que le monde est bien plus complexe que nos petites théories à son sujet. 7 épisodes plus tard, après avoir voyagé de l'Antiquité à nos jours, exploré différentes cultures et traditions de pensée, qu'est-ce que j'en retire ?
D'abord une grande humilité. Comment résumer 2500 ans de réflexion sur la connaissance en quelques heures de podcast ? C'est évidemment impossible. J'ai dû faire des choix, simplifier, sacrifier des pans entiers de pensée. Chaque épisode aurait pu être une série en soi.
Ensuite, un constat fascinant : chaque époque pense avoir trouvé LA bonne façon de connaître. Les Grecs avec leur logique, les médiévaux avec leur foi, les modernes avec leur science... Et nous aujourd'hui, sommes-nous vraiment plus avancés ? Nos algorithmes et nos big data nous rapprochent-ils vraiment d'une connaissance plus juste ? On en sait tellement plus qu’avant sur le fonctionnement de la physique et en même temps on ne sait toujours pas comment ont été construites les pyramides, ni comment l’intelligence animale et végétale fonctionne.
La connaissance complète est impossible, la connaissance juste est difficile et quand je dis juste, je veux dire au plus près d’une forme de vérité commune à tous. Parce qu’il y a une vérité commune, malgré ce qu’on en dit parfois. Si je lache mon verre au-dessus du carelage, il tombe et il est probable qu’il se casse. « Le réel, c’est quand on se cogne. » disait Lacan. Quand on entre dans le dur, qu’on ne peut plus faire semblant.
Mais comme on l’a vu dans cette série, le réel n’est forcément évident à atteindre. Il est même parfois hors de portée, comme l’anecdote des extra-terrestre le rappel. Il y a des murs. Le mur de Planck en est un bien connu des physicien, l’horizon des évènement des astrophysiciens, l’inconscient, la consience telle que l’autre l’experimente surtout si cet autre est une fougère ou la chauve souris si chere à David Chalmers.
Et quoi qu’on dise, nos avis sur le monde ne sont pas la réalité. Nos certitudes ne valent pas vérité.
Ce qui me frappe, c'est à quel point nous sommes tous conditionnés dans notre façon de penser. Nos opinions, que nous croyons personnelles, sont largement façonnées par notre époque, notre éducation, notre entourage, nos médias, nos bulles de filtre sociales réelles et virtuelles. Même quand nous pensons nous 'déconditionner' en cherchant des sources alternatives, nous tombons souvent dans d'autres formes de conditionnement...
Le plus ironique avec ce travail sur la connaissance, c'est que plus j'ai creusé, plus mes certitudes sont devenues floues.
Au départ, je voulais comprendre comment on pouvait être sûr de quelque chose. Je me disais naïvement qu'en étudiant l'histoire de la pensée, j'allais trouver des réponses claires, des outils fiables pour distinguer le vrai du faux. Mais c'est l'inverse qui s'est produit. J'ai constaté que chaque méthode, chaque approche a ses limites.
La raison pure peut nous égarer aussi sûrement que les sens.
L'expérience peut être trompeuse.
Même la science, aussi puissante soit-elle, ne peut prétendre à une vérité absolue.
Pour autant, est-ce que ça veut dire qu'il faut tomber dans un relativisme total, où toutes les opinions se valent ? Non, je ne crois pas.
Et c'est peut-être ça, la leçon la plus importante que j'ai retirée de ce voyage : il existe une voie médiane entre le dogmatisme et le doute absolu.
Prenons un exemple concret : le changement climatique qui est un truc qui me preoccupe depuis déjà quelques temps même s’il n’est qu’un symptome de quelques chose de plus profond.
Je ne suis pas climatologue. Je n'ai pas personnellement vérifié toutes les données.
Je choisis de faire confiance au consensus scientifique, non pas parce que c'est une vérité révélée, mais parce que la méthode scientifique, avec son système de vérification par les pairs, ses révisions constantes, sa capacité à s'auto-corriger, me semble être notre meilleur outil pour comprendre ce type de phénomène complexe.
Et je choisis de croire que cette méthode est correctement appliquée, et que les quelques poignées de scientifiques qui ne sont pas raccords avec le consensus écrasant se trompent.
Est-ce que je suis sûr à 100% ? Non.
Mais je suis suffisamment convaincu pour faire comme si. C'est ce que j'appelle être 'sûr à 60%'. Je décide de ne plus douter des conclusion du rapport du GIEC parce que lorsqu’on regarde ceux qui en doutent, très vite on se rend généralement compte que ces gens là sont douteux. Désolé pour ses fans, mais un Idriss Aberkane dont les diplomes sont très douteux, ne doit pas être considéré comme une source fiable. Et ce n’est pas fait de ne pas être diplomé le problème, c’est le fait d’avoir à de mutiples reprises été pris en flagrant délit de de manipulation, d’approximations, de mensonge. Il ne suffit pas de bien parler pour avoir raison.
Mais donc malgré tout, je laisse une place au doute, et ce n’est pas génant.
Dans la vie , on doit souvent agir avec une information imparfaite. L'enjeu n'est pas d'atteindre une certitude absolue, mais d'avoir suffisamment confiance dans nos conclusions pour avancer.
C'est particulièrement crucial aujourd'hui. Mon téléphone contient plus d'informations que toutes les bibliothèques d'Alexandrie réunies. Chaque jour, des milliers de nouvelles études sont publiées. L'IA peut désormais générer du contenu indiscernable de la production humaine et tout plein de monde sont prets à tout pour avoir notre attention et manipuler nos perceptions et pensées. Comment naviguer dans cet océan d'informations ?
J'ai appris à me méfier des certitudes trop confortables. Quand quelque chose confirme parfaitement ce que je pense déjà, c'est souvent un signal d'alarme. J'essaie de diversifier mes sources, de chercher des points de vue différents, tout en gardant un œil critique sur mes propres biais.
Mais surtout, j'ai appris à être plus humble face à la complexité du monde. Certaines questions n'ont pas de réponses simples. Certains problèmes n'ont pas de solutions évidentes. Et c'est OK.
Donc quand ma fille me demande s'il y a de la vie ailleurs dans l'univers, je lui réponds désormais : 'Je ne sais pas.
Quand elle me demande si Dieux existe, je lui dis “je ne sais pas”. Certains pensent que oui, d’autres que non, mais personne ne sait. Mais c'est passionnant de chercher à comprendre, non ?' Si elle me demande si je mourrais un jour, je lui dis oui, tout ce qui est vivant finit par mourir, c’est comme ça, c’est une des règles du jeu qu’on ne maitrise pas et que ce n’est pas grave. Si elle me demande si le père noel existe, je lui dis qu’il est l’heure de dormir. Ca marche encore un peu.
Rester curieux, rester ouvert, à l’écoute, même si le but ne sera jamais atteint. Parce qu'au fond, la connaissance n'est pas tant un état qu'un processus. Ce n'est pas un point d'arrivée, c'est un chemin. Et sur ce chemin, les questions sont souvent plus importantes que les réponses.
Cette série ne prétend pas apporter des réponses définitives. Elle est plutôt une invitation à questionner, à explorer, à douter intelligemment. Une invitation à développer ce que j'appellerais une 'épistémologie pratique' - une façon de naviguer dans la complexité du monde sans s'y noyer.
Alors puisqu'on parle d'épistémologie pratique, et puisque vous me faites l’honneur de régulièrement m’écouter poser des questions à mes invités et de partager quelques idées, je profite de cet épisode pour vous en dire en peu plus sur d’où moi je parle.
Voici donc quelques unes des convictions qui guident ma réflexion, mes croyances et mes doutes.
2+2=4. Ca me parait être une bonne base de départ
Je crois dans le pouvoir des méthodes scientifiques pour nous faire avancer collectivement vers une connaissance plus juste des règles du monde. Parce que la science nous a prouvé et nous prouve encore qu’elle trouve des trucs qui marchent. Et aussi parce que la science avance, elle se remet en question, s’affine, accepte de se tromper et de dire que tout n’est que théorie, et non vérité. Elle avance, se corrige, même si peut parfois prendre du temps.
Je crois en l’intégrité de la communauté scientifique dans sa majorité. Elle n’est pas parfaite, puisque ce sont des humains qui la composent, les publications sont parfois biaisées, orientées, il y a meme des prix nobel très criticables. Mais lorsque 99% d’une communauté établie un consensus, cela me semble raisonnable de le prendre comme référent. Et lorsqu’une personne est exclus d’une communauté scientifique, il se peut que ce soit injuste, mais il se peut surtout que ce soit pour de bonnes raisons. La encore ça n’est pas parfait, mais les alternatives me semblent pires.
Je ne fais pas confiance aux sources et aux personnes qui ont été pris en flagrant délit de mensonge, ou de conflit d’intéret à plusieurs reprises.
Je me méfie de tout ce qui ressemble à un dogme religieux ou idéologique. De ceux qui parce qu’ils sont convaincus de détenir LA vérité se permettent d’agresser, les autres, de caricaturer, de déformer les propos. De ceux qui jugent durement en se pensant soi-même au-dessus, du bon côté. Est-ce que ça fait de moi un anti-religieux, un anti-idéologie ? Non. La spiritualité a un rôle à jouer, des choses à nous enseigner ou nous faire vivre. Et les grandes idées peuvent aussi être puissantes. Mais l’histoire nous montre que la foi, la certitude trop forte d’avoir raison, peut aussi aboutir à des desastres. Mon dieu est le bon, croyez en lui. C’est ma terre puisque dieu l’a dit, dégagez de là. Mon idée, mon projet est le meilleur et je vous l’impose par la force si vous le voulez pas comprendre qu’il est aussi bon pour vous…
Je me méfie des solutions toutes faites qui en théorie marchent. Il suffit de, si on faisait ça, si on arrétait ceci. Je me méfie d’ailleurs de plus en plus des solutions en général, je préfère des réponses contextualisées.
Je crois que le danger le plus grave auquel nous sommes confrontés est lié à la déstabilisation accélérée du système terre, ce n’est pas pour rien que près de la moitié des épisodes de sismique en parlent d’une manière ou d’une autre. Je fais confiance aux rapports du GIEC, de l’IPBES (biodiv) et autres agences. Je fais confiance aux informations et aux données sur le réchauffement, la perte de biodiversité, la pollution, notre connaissance du fonctionnement des systèmes complexes, les points de bascule, les boucles de rétroaction.
Je crois qu’il y a un lien direct entre nos modes de vie, la croissance économique, l’extractivisme, et la crise écologique et que si le système ne change pas en profondeur, nous ne pourrons pas résoudre ce problème.
Je crois que personne ne sait vraiment où vers quoi nous entraine la course à l’IA, le réarmement massif, la nouvelle course à l’espace avec la mise en place de milliers de satellites artificielles à courte durée de vie, l’impression monétaire sans fin.
Je crois que le comportement humain est lié à des pulsions, des envies, des besoins qui sont les mêmes depuis très très longtemps et que cela n’est pas pres de changer. C’est pour cela que je m’interesse aux cycles.
Je crois que nous sommes les descendants des individus les plus avides de pouvoir, de nouveauté, de conquêtes et que c’est compliqué de s’en extraire. Pas forcément parce que c’est en nous, mais parce que le monde dans lequel nous vivons, les structures qui nous conditionnent ont été forgées par ces pulsions, cette vision du monde, du succès, du status… Les règles du jeu sont déjà établies, les objectifs aussi et il est difficile d’y échapper.
Je crois qu’il ne s’agit pas simplement de créer de nouvelles histoires, de nouveaux récits, de nouvelles croyances, les verrous du système sont aussi technologiques, financiers, monétaires, institutionnels, médiatiques…
Je ne crois pas que Poutine soit un garnd démocrate qui souhaite avant tout la paix et la sécurité pour son peuple. Et je crois que la propagande russe et globalement anti-occidentale fait des ravages en France. Je crois les rapports sur le sujet.
Je ne crois pas que les américains nous veuillent du bien. Je les vois comme une force de déstabilisation majeure du monde, comme un empire arrogant et agressif qui a vassalisé l’Europe. Je crois que toutes les nations ou presque désirent la liberté, et si possible la puissance et la domination. Comme disait De Gaulle, "Les États n'ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.”
Je crois en cette pulsion de puissance et de démesure qu’on observe trop souvent et qui dictent le jeu géopolitique. “On veut la liberté aussi longtemps qu'on n'a pas la puissance ; mais si on a la puissance, on veut la suprématie.” - Nietszche
Je ne crois pas à un grand complot mondial, mais je crois à la lutte des classes et à un désir puissant et sans équivoque de domination de la classe des ultra-riches. Je crois en leur volonté et leur capacité à s’affranchir de la société, du droit international et national, à avoir accès à des informations et des outils leur permettant d’accumuler toujours plus de capital. J’y vois là un danger majeur pour les démocraties qui sont de plus en plus dysfonctionnelles.
Je crois qu’il existe des complots, simplement parce que parfois ils sont révélés. Mais je ne crois pas au complot comme explication de tout et n’importe quoi. J’essaie d’appliquer autant que possible le rasoir d’ockham et de me rappeler cette phrase de Michel Rocard qui l’applique à merveille sur ce sujet : “Toujours préférer l'hypothèse de la connerie à celle du complot. La connerie est courante. Le complot exige un esprit rare.”
Je crois profondément à l’égalité entre les sexes, les genres, les ethnies ou les races, puisqu’on me dit dans l’oreillette que ce mot serait redevenu acceptable dans sa version anglicisée. Je ne sais pas d’ailleurs si ce mot est vraiment pertinent et je ne suis pas à l’aise avec la difficulté sémantique autour de ces sujets qui me parait desservir la cause. Je ne sais pas si cette égalité pourra un jour advenir de fait, mais je veux continuer d’y croire. Je ne sais pas quelle est la meilleure stratégie pour y parvenir.
Je ne sais pas si les extra-terrestres existent ou même nous observent.
Je ne sais pas s’il existe un Dieu, des esprits, si on a une âme, si la vie continue après la mort, s’il existe des energies invisibles ou tout un tas de choses qui hors de notre entendement influent sur la matière. Ces questions ne me préocuppent plus vraiment, j’accepte de ne jamais avoir de réponse certaine. Ma certitude est que je suis vivant. Je crois surtout en la vie.
Je ne crois pas en la superiorité des humains, je crois simplement que notre conscience très particulière couplé à des propriétés physiques spécifique a décidé de notre trajectoire totalement à part dans le monde vivant. Et je ne sais pas si cette manière d’être au monde, cette stratégie de jeu est faite pour durer dans le temps. J’ai quelques doutes.
Je ne sais pas s’il est possible de changer le système global avant que l’on ne passe des points de bascule écologiques nous condamnant à habiter une planète totalement dégradée.
Je ne sais pas si les petites gestes servent à quelque chose
Je ne sais pas ce que c’est que de voir le monde comme un japonais, un kazak, un israelien, un palestinien, un péruvien, ayant grandit riche, pauvre ou sous les bombes
Je ne peux pas imaginer le ressenti d’une chauve-souris ou d’un chêne.
Je ne sais pas ce que vivront mes filles, ce qu’elles ressentiront et ce qu’elles feront de tout ça. Je sais que je les aime et crois important qu’elles le sachent aussi.
Je crois en la force des liens, en l’honnêteté, en la vertu, sans pour autant en faire une obsession. Je crois en l’ouverture d’esprit et l’esprit critique, dans la famille, l’amour, le doute, le respect et l’écoute.
Je m'arrête là. Je ne vais tout raconter, ça pourrait durer longtemps et ça n’a qu’un intéret limité. En résumé, je suis comme tout le monde : il y a des choses auxquelles je crois, d'autres dont je doute, et surtout beaucoup beaucoup de choses dont je ne sais rien.
Ce qui m'anime, c'est d'essayer de contribuer à développer une connaissance plus juste - juste parce que provoquant moins de souffrance, juste parce que nous permettant de continuer le jeu de la vie dans les meilleures conditions possibles. Je vois ça particulièrement comme parent. Comment transmettre le goût du questionnement sans tomber dans le relativisme ? Comment encourager l'esprit critique sans alimenter le cynisme ? Car une mauvaise connaissance des autres nourrit la peur, une mauvaise connaissance de soi nous rend manipulables, une mauvaise connaissance du monde nous empêche d'agir efficacement.
Et enfin, j’ai conscience que le savoir théorique ne suffit pas, que la connaissance pratique est tout aussi importante, voire plus dans un monde saturé d’information où l’on peut passer tout son temps devant un écran, un monde en évolution aussi où je suis convaincu que celles et ceux qui savent faire des choses de leur main, qui développent des compétences concrètes, des hard skills comme on dit en anglais, s’en sortiront mieux. Se prendre la tête sur la métaphysique c’est sympa, mais savoir planter un clou, réparer un vélo ou faire pousser des carottes c’est peut-être au final plus utile. Théorie et expérimentation sont indissociables. Quand je vois mes plantes flétrir sur mon balcon parce que je sais pas comment m’en occuper, c’est ce que j’appelle me cogner au réel. Quand on voit ce qu’on fait les architectes de Notre Dame sans connaitre la plupart des théories mathématiques sur les forces, la géométrie, on se dit que la pratique, l’expérience, le bon sens comme on dit, et son irremplaçables, ont de beaux jours devant eux.
'Qu'est-ce que le Réel ?' Cette question qui ouvrait notre série n'a peut-être pas de réponse définitive. Mais la quête elle-même trace un chemin. Comme la liberté, la vérité est une direction plus qu'une destination. Faire cette série m'a permis d'essayer de nouveaux nœuds au cerveau. Je ne suis pas beaucoup plus avancé, mais comme je ne suis pas sûr que l'objectif soit d'avancer, ça me va bien.
Pour finir je vais partager un passage de l’autobiographie d’Edgar Morin que je suis en train de lire. C’est un petit livre titré Leçons d’un siècle de vie. Je trouve ça plutot à propos donc voila.
Ma quête continue, mon enquete sur le monde et ses enjeux aussi, je me sens juste un peu mieux armé et j’espère que vous aussi.
Merci de m'avoir accompagné dans ce voyage sur la connaissance.
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