#86- Une économie plus juste - EVA SADOUN

Pas de changement de trajectoire sans changement de modèle économique ? Des pistes de réflexion pour créer une économie plus inclusive et à même de répondre aux enjeux du siècle.





Au fil des épisodes du podcast, peu importe les lunettes que portaient mes invités, s’est dessiné et continue de se dessiner une ligne convergente vers l’urgence impérieuse de changer le système dans sa globalité.

C’est particulièrement vrai pour le fonctionnement de la sphère de la finance qui dicte les règles du jeu d’un marché capitaliste et libéral qui impacte directement sur la vie des citoyens de l’ensemble de la planète alors qu’elle est complètement déconnectée de l’économie réelle.


Face à cette tâche titanesque, Eva Sadoun, 32 ans, s’attelle à rendre visibles et compréhensibles les mécanismes qui régissent le milieu opaque et élitiste de la finance qu’elle qualifie de prédateur.

Elle propose d’opérer des modifications stratégiques sur ces mécanismes comme première étape à l’invention d’un nouveau modèle économique vertueux. Elle présente une vision de l’économie inspirée en partie de l’écoféminisme comme une puissance de transition écologique et sociale forte à l’image du leadership actuel en Nouvelle-Zélande ou en Finlande.

Au cœur de cette économie alternative, une finance citoyenne et l’entreprise, capable de créer un véritable impact social et environnemental quand les cadres politiques et légaux le permettent.


Eva est entrepreneuse, économiste et licenciée en philosophie. Convaincue de la nécessité de faire glisser la pensée à l’action pour provoquer le changement, elle a fondé deux entreprises dont Lita.co, une plateforme d’investissement responsable, et l’application Rift qui permet de suivre l’impact sociétal et environnemental d’une épargne citoyenne.

Eva est également activiste et représentante du Mouvement Impact France qu’elle présente comme une alternative au MEDEF.


Elle est l’auteure du livre « Une Économie à nous » paru en février 2022 aux Éditions Acte Sud par lequel elle souhaite donner aux citoyens « des clés de compréhension de notre économie en identifiant les verrous à une économie plus juste et durable ».


ITW enregistrée le 23 février 2022



De quoi parle-t-on ?


00:00 - Intro


02:00 - Les lunettes d’Eva ?

  • L’entreprenariat, un espace de liberté et de création

  • La nécessité de l’application pratique d’une pensée théorique

  • L’exemple de ses entreprises Lita.co, Rift, et du Mouvement syndical Impact France.

04:00 - Les grandes structures et dynamiques du système actuel ?

  • L’économie au centre des enjeux

  • Sa vision d’une finance prédatrice qui organise les systèmes économiques dont on dépend.

  • Identifier ses dysfonctionnements pour apporter des réponses aux enjeux sociaux, écologiques, climatiques.

  • Pourquoi le système dysfonctionne :

  • Un système économique pensé initialement pour maintenir la paix qui devient destructeur pour son environnement.

  • La rupture entre croissance et bien-être à la fin des 30 Glorieuses. On constate que le système libéral génère de la pauvreté.

  • Le début de la financiarisation de notre économie : repenser les mécanismes financiers basés sur la performance qui tentent de reproduire une dynamique de croissance virtuelle déconnectée de la réalité économique du marché.


09:00 - Les verrous qui empêcheraient d’évoluer vers une économie plus juste et durable ?

Verrou 1 : la culture de compétition/domination

  • Manque de vision globale dans la théorie de la transformation économique actuelle

  • Déconstruire le système passe par la déconstruction de la pensée systémique sous-jacente qui génère un système dominant, viriliste et prédateur.

  • La théorie écoféministe pour réfléchir à un nouveau système inclusif, coopératif, multidimensionnel et responsable.

  • « L’empathie comme levier d’harmonie de la société » selon Adam Smith, père des sciences économiques moderne (le libre marché et la main invisible).

  • Référence au travail du politologue Achille Mbembé.

  • Le leadership féminin dans un écosystème d’hommes : « Exercer un leadership féminin est aujourd’hui complètement impossible sachant qu’on est évalué sur notre capacité à reproduire le leadership masculin » en référence à l’expérience de Christine Lagarde.

18:00 - Les principales règles du jeu pour accéder au pouvoir dans le monde de l'entrepreneuriat : quelles sont-elles et sont-elles incontournables ?

Verrou 2 : l’actionnariat

  • L’aspect juridique qui régule les statuts, à l’exemple des entreprises actives dans l’Économie Sociale et Solidaire, hors système qui sont limitées mais aussi à l’image des entreprises traditionnelles qui sont bloquées par la pression de l’actionnariat lorsqu’elles souhaitent évoluer vers un modèle plus vertueux.

  • L’avant Loi PACTE et la vision unique de l’entreprise qui doit répondre aux intérêts de l’actionnariat.

  • Qui sont les actionnaires : tradition économique et actionnariat familial, transmission de capital, organisation d’entreprise verticale, masculine et dogmatique, le rapport à la bourse et surtout la question culturelle qui bloque le processus de transformation.

  • L’exemple Danone : la bourse réagit immédiatement à l’enregistrement d’une perte de profit alors que l’entreprise vient d’investir pour évoluer vers un modèle plus durable.

  • L’éducation des actionnaires particuliers, financiers et institutionnels comme nécessité pour que la bourse traduise ce type d’informations à la hausse et valorise les entreprises résiliantes.

25:00 - Verrou 3 : le droit et la fiscalité

  • Le rôle de la fiscalité, la politique et du droit dans l’amélioration du modèle économique :

  • Le droit maintient un système avec une « prime au vice ». Une entreprise vertueuse paie cher ses actions sociales. Exemple du partage de valeurs avec les salariés taxé à 30% contre 0% sur le partage avec un fonds d’investissement.

  • Agir sur l’impôt de production et la TVA

  • Présenter la responsabilité d’une entreprise comme gage de valeur même pour les actionnaires

28:00 - Le concept d’impact

  • Le choix des indicateurs à aligner sur des enjeux sociaux et écologiques majeurs : le partage de la valeur comme valeur, la réduction des émissions, la non-prédation de la biodiversité

  • L’impact comme moyen de départager un bon d’un mauvais investissement

  • Les différents types d’investissement à impact

  • L’entreprise à impact définie selon :

  • L'additionnalité de son action ;

  • L’ensemble de son activité alignée sur des enjeux sociaux et écologiques ;

  • La maîtrise de ses externalités sur l’ensemble de la chaîne de valeurs à 4 niveaux (l’impact social, écologique, le partage de la valeur, le partage du pouvoir).

34:00 - Est-ce qu’un grand groupe peut vraiment changer sa manière d’investir pour faire bouger les lignes ?

  • Comprendre les produits financiers pour faire la part des choses

  • Des mécanismes financiers à arrêter comme la spéculation à la baisse et le rôle des régulateurs.

  • Valoriser des investissements longs et cesser le trading à haute fréquence

  • Interdire les ETF synthétiques.

  • Intégrer de nouveaux indicateurs et revoir le système d’évaluation des activités extra financières de l’entreprise.

  • Demander des engagements réels

  • L’exemple des actions vertes et la traçabilité des investissements.

43:00 - Rester dans le système ou non

  • Les exemples de Lita et Rift comme entreprises hors système, la limite de leur portée, la diversification envisagée et les valeurs.

45:00 - Dans une économie mondialisée, en pratique, faut-il protéger les entreprises vertueuses ou rester ouverts face à des entreprises non vertueuses qui ont moins de contraintes ?

  • Imaginer une nouvelle compétitivité :

  • Réindustrialiser au niveau local son secteur primaire ;

  • Briser les dépendances ;

  • Développer des relations de coopération et internationales ;

  • Prioriser les marchés publics pour encourager la résilience des acteurs ;

  • Rembourser les dettes climatiques aux pays du Sud ;

  • Revoir la régulation au niveau européen.


49:00 - Face à la pression de croissance pour survivre qui pèsent sur les entreprises, quel discours sur les étapes de la transition et quel modèle à inventer ?

  • Le rôle clé et fondamental du politique et des partenariats public-privé.

  • La régulation indispensable des libres marchés en Europe.

  • Faciliter une nouvelle forme d’économie.

  • L’exemple de la Nouvelle-Zélande, la Finlande et même de la Chine pour illustrer la mission de l’Europe dans sa gestion de la transition écologique, sa responsabilité vis-à-vis de la société et des entreprises, de ses moyens.

53:00 - Développement de la conclusion du livre

  • Sa conception décalée d’une vision « classique » d’un économiste de la puissance d’une nation basée sur l’équilibre (moral, financier, écologique) d’une société et non sur un l’indice d’un flux transactionnel comme le PIB.

  • Proposition d’un modèle né de la société et non dominant.

57:00 - Sa lutte et ses adversaires

  • Composer avec le système et les adversaires, les compromis sur son idéologie.

  • La minorité d’interlocuteurs qui préservent leurs privilèges.

  • L’exemple du MEDEF acteur et non adversaire avec qui elle cultive le dialogue.

  • Dépolluer la démocratie de certaines structures.

01:00:00 - Le risque d’épuisement chez les activistes

  • Trouver sa place, comprendre les choses et s’y connecter, son équilibre émotionnel fort, et son hygiène de vie, la préservation de sa vie privée, la durée dans le temps de l’engagement étant jeune, l’équilibre et le pragmatisme nécessaire lorsqu’on devient décisionnaire.

01:04:00 - Question prospective : qu’est-ce qu’on ne voit pas venir et qu’il serait bon de prendre en compte ?

  • La transparence et l’éducation de la population sur les grands enjeux actuels.

  • Son retour sur sa rencontre avec le Pape.

  • Redéfinir la puissance, ouvrir l’accès à celle-ci.


01:08:00 – Deux lectures suggérées par Eva



Un grand merci à Stéphanie Joseph, rédactrice et membre de la communauté Sismique, pour la rédaction de ces notes


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