Soutenir Sismique
Sismique existe grâce à ses donateurs.
Aidez-moi à poursuivre cette enquête en toute indépendance.
Je regarde l’actualité française et j’oscille. Je comprends des colères, d’autres m’agacent, les images de violence m’obsèdent. Et je fatigue de cette obligation d’avoir immédiatement un avis sur tout.
Dans cet épisode, je partage mes réactions de citoyen, avec leurs contradictions. Puis j’essaie de comprendre comment nos ressentis deviennent des opinions, comment les médias et les réseaux orientent notre regard, et pourquoi cela m’inquiète pour notre démocratie.
Comment réfléchir ensemble aux problèmes du pays quand tout nous pousse à réagir et à choisir notre camp ?
---
Crédit photo : Thibaud Moritz
Comme beaucoup, depuis des jours, je regarde l’actualité en France. À la télé, sous forme de courts extraits sur Ies réseaux sociaux, j’écoute et je lis des analyses, des témoignages.
Et je me rends compte que j’oscille.
J’essaie de me poser pour pouvoir vous proposer une analyse qui prend de la hauteur, partager une vision nuancée, aussi solide que possible de ce qui se passe. Mais j’ai du mal.
Je voudrais expliquer d’où viennent ces évènements, ce qui les provoque, vous parler des lignes de faille qui existent depuis déjà longtemps sans qu’on ne le détecte toujours, du pourquoi. Je voudrais tenter d’expliquer clairement les rapports de force, les simplification des uns et des autres, les logiques de manipulation, le rôle de la culture, des réseaux sociaux, les logiques psychologiques. Je voudrais donner à voir le plan large, dire pourquoi, si on ne regarde que la France, si on se contente de ça, on ne peut pas correctement analyser cette crise, ni penser les possibilités pour en sortir.
Mais pour le moment, je n’arrive pas à relier tout ça de manière suffisamment claire pour vous le transmettre. C’est trop tôt, trop chaud, trop gros.
Je prendrai surement le temps de le faire, parce que je pense qu’on a besoin de prise de recul pour pouvoir bien penser et prendre de bonnes décisions, et par ailleurs qu’on a besoin de bonnes décisions, parce que toutes les trajectoires ne se valent pas, et je me dis que je peux y contribuer à ma petite échelle.
Mais aujourd’hui, j’avais envie de partager mon ressenti en me disant qu’il peut aider à réfléchir à votre propre ressenti.
J’imagine que vous êtes plusieurs à être traversés par des émotions, des opinions plus ou moins construites qui s’entrechoquent et dont on ne sait pas toujours très bien d’où elles viennent.
Quand je vois des lycéens bloquer ou manifester pour réclamer de meilleures conditions de travail, des locaux décents, des profs, je me dis c’est bien, c’est beau de voir une conscience politique qui s’éveille, de voir des jeunes qui se bougent pour se faire entendre.
Je trouve qu’ils ont raison d’être exigeants pour leur avenir. Je me dis qu’on ne peut pas continuer à accepter cette dégradation de l’école publique. Ni se satisfaire d’un système dans lequel l’origine sociale pèse aussi lourd sur les résultats scolaires, comme le montrent les données de PISA. L’école française qui fut un ascenseur social est désormais l’une de celle qui gomme le moins les inégalités à la naissance. Il y a de quoi faire mieux et donc de quoi revendiquer.
Mais je comprends aussi ceux qui disent qu’on ne réglera pas tout en mettant simplement plus d’argent et que d’ailleurs, c’est devenu compliqué de trouver plus d’argent. Ce n’est pas n’importe quoi de dire que la France a un problème d’équilibre budgétaire, de dette, d’intérêts à payer, de financement à assurer, de créanciers à rassurer. Surtout quand le taux à dix ans dépasse les 5 %, comme ces derniers jours.
Et ça me met en colère quand j’entends celles et ceux qui nous disent que ce n’est pas grave de ne pas être à l’équilibre de manière structurelle, qu’en fait ça n’est pas un problème cette dette, qu’il suffit d’aller s’imposer à Bruxelles, et qu’on peut continuer de faire comme si tous nos partenaires n’avaient pas eux réformer leur système de retraite, comme s’ils ne voyaient pas d’un très mauvais oeil notre incapacité à le faire nous. Faire comme si aussi la majorité de nos créanciers n’étaient pas étrangers et n’avaient rien à voir avec Bruxelles.
Ce que je comprends de l’économie et de la monnaie me fait dire qu’on se met un gros doigt dans l’œil en pensant pouvoir continuer indéfiniment à fonctionner avec un tel déficit et des tels taux. Et ça m’énerve que notre classe politique ne soit pas foutue de se mettre autour d’une table pour réfléchir à ce qu’il faudrait faire, en préservant l’essentiel, en évitant de faire souffrir les plus démunis et d’abandonner les plus jeunes, mais en tenant en compte aussi de la réalité du fonctionnement économique du monde.
Et en même temps, je regarde cette économie mondiale qui vite à crédit depuis longtemps, qui compte sur la croissance future pour tenir ses promesses, cette accumulation de fortunes gigantesques dans les mains de quelques centaines d’individus, ces inégalités de plus en plus insupportables, cette logique de dette comme stratégie d’emprise et de pouvoir aussi, cette dette qui continue de nous faire croire qu’une croissance sans fin est possible et qui repousse le mur de la crise écologique et de la crise des ressources. Je regarde tout ça et je me dis qu’il faudrait trouver une autre manière de fonctionner.
Alors je suis à nouveau en empathie avec la colère de ceux qui n’entendent plus le « il n’y a plus de sous », ou “il n’y a pas d’alernative”.
Je comprends cette colère et mon pragmatisme revient. Vouloir changer les règles ne nous dispense pas d’être lucide sur ce qui se passerait si nous le faisions tout seul dans notre coin. Et alors l’idéalisme m’inquiète, parce que l’idéalisme dans l’histoire a fait parfois bougé les lignes et parfois provoqué des ruines.
Et puis il y a les violences.
Toutes ces scènes filmées qui tournent en boucle sur mes réseaux. Ces petits bouts de réel, souvent sans contexte, que je ne peux pas m’empêcher de regarder alors qu’ils ne m’aident pas forcément à mieux comprendre. Ces images qui obsèdent, qui rendent le sommeil difficile.
Je suis en colère contre la casse, contre cette manie de tout brûler, de piller. Contre ce romantisme révolutionnaire qui fait parfois de la barricade et du lancer de pavé des rites de passage du bon Français. On oublie trop vite à quel point une révolution peut être sanglante, et combien son issue peut être éloignée des espoirs de départ. On oublie que d’autres cultures d’autres nations parviennent à fonctionner, à s’entendre, à se réformer sans avoir à systématiquement descendre dans la rue.
Mais je suis français. Je ne peux pas m’empêcher d’être aussi un peu fier de ce peuple qui ne se laisse pas faire. Le coq gaulois, fier et absurde, je l’aime bien. Il est aussi en moi.
Je comprends l’agacement que peuvent susciter nos protestations à l’étranger : nous avons une protection sociale, un accès aux soins, une école publique auxquels nous tenons, et dont nous oublions parfois ce qu’ils représentent, un état qui lève déjà énormément d’impôt et investit massivement dans des filets de sécurité. Je repense aux protections déployées pendant le Covid, ce quoi qu’il en coûte à pris d’or qui in fin n’a pas apaisé les choses. Et alors j’adhère au moins un peu à ces jugements incrédules venus d’ailleurs : pourquoi donc ne voient-il pas la chance qu’ils ont ces français en comparaison de ce que nous avons nous ? Bande d’enfants gâtés jamais contents, peuple adolescent infantilisé par un état patriarche contre qui on se rebelle lorsqu’il ne tient plus sa promesse de prendre soin.
Et puis je me dis qu’avoir des choses précieuses à défendre est justement une raison de se mobiliser. Qu’on peut mesurer sa chance sans accepter que les choses se dégradent. Le sentiment de déclin, de perte, c’est violent psychologiquement, surtout quand on est habitués à être pris en main.
Et par ailleurs, cette rebellion n’est pas forcément incomprise hors de nos frontière, elle trouve un écho. Parce qu’un peu partout ça se dégrade pour les plus pauvres et les classes moyennes, il y a de la colère, de la frustration liée à cette apparente absence d’alternative qu’on nous vend, de la peur liée à cette révolution IA qui menace les emplois. On la comprend cette révolte d’une jeunesse qui n’aspire finalement qu’à avoir les mêmes opportunités que les générations qui la précèdent.
Cet esprit français qui agace tant est aussi porteur de quelque chose, au moins symboliquement. Ailleurs ça ne brule peut-être pas, mais l’envie ne manque pas.
Mais mon autre moi est toujours présent, celui qui n’aime pas le chaos et qui a peu honte de le voir aussi souvent s’exprimer en France.
Je vois des vitrines brisées, des commerçants raconter leurs pertes, des types exhiber leur butin sur TikTok, et je me dis : ça suffit. Il faut de l’ordre. Et alors je me dis qu’une partie de la gauche doit mieux entendre ce besoin de sécurité, doit ouvertement le reconnaitre plutôt que l’excuser à demi-mot. Quand on a peur pour son commerce, pour son quartier, pour ses enfants, tant que ce sentiment d’ordre n’est pas rétabli, tout autre discours politique devient inaudible.
Je m’inquiète aussi de notre capacité à nous habituer à ces violences, à les traiter comme un passage obligé des manifestations ou des célébrations. Comprendre leurs causes sociales est nécessaire. Ça ne fait pas disparaître ce que vivent ceux qui les subissent.
Et je sais que les media accentuent le trait, je sais qu’on ne parle plus du fond mais ces violences existent bien, et elles se banalisent. Quel autre pays brule des milliers de voiture chaque année pour le réveillon, juste pour le fun ? Quel autre pays voit une partie de sa population tout casser pour célébrer une victoire de foot ? Chaque rassemblement de masse menace de virer à l’émeute et ça n’est pas normal.
Et il y a les violences policières.
Des dizaines de vidéos qui témoignent de charges abusives, de policiers sans brassard ou sans numéro d’indentification pourtant obligatoire, de nasses illégales, de tabassage au sol, de tir de LBD à hauteur de visage, de casseurs qu’on laisse faire à 20m de la troupe, de milices d’extreme droite qu’on laisse agir, parfois qu’on a l’air de protéger, de mains arrachées.
Toutes ces images choquantes, flippantes, ces dérives troublantes, qu’une partie de la droite se refuse à condamner. Ces images qui circulent partout sur les réseaux et font grossir la colère des manifestants.
Et alors je conçois que certains arrivent équipés en manifs, je saisis le désir d’affrontement, la rage qui monte contre une police sensée protéger la population et non pas la gazer parfois pour un rien, même lorsqu’elle ne présente pas de danger, alors par exemple qu’elle joue de la musique classique sur une place ouverte à tous.
Une partie au moins des policier font une usage abusif de la force et l’impression que j’ai est que ces abus restent largement impunis. C’est un sentiment, pas une étude sourcée hein.
Et pour autant je suis aussi capable d’entrer en empathie avec un policier qui a peur, qui se prend des pavés pendant des heures, qui subit des provocations, se fait insulter et qui est avant tout un humain piloté par ses émotions ou qui parfois ne fait qu’obéir aux ordres. C’est un métier difficile, et les conditions pour l’exercer se dégradent depuis des années. Eux aussi ont souvent un sentiment d’impuissance voire d’abandon, eux aussi sont victime de bulles de filtres, d’effet de groupe qui peuvent les amener à estimer qu’un manifestant en fin de journée est un casseur potentiel. Et dire cela n’excuse pas les actes hors la loi, n’excuse pas non plus un racisme rampant décomplexé désormais bien documenté.
Cette logique d’engrenage m’inquiète. Parce que chacun dans son camp s’enferme, voit l’autre comme un ennemi, se sent légitime pour agir de plus en plus violemment.
Comment en sortir ?
Je ne sais pas.
Il y a des mécaniques qui une fois enclenchées sont difficiles à arrêter.
Il y a désormais en France je crois une véritable culture de la violence qui a des racines diverses selon où on regarde. Violence qui vient de frustrations sociales, de la gangrène des trafics de drogue, de ressentiment post-coloniaux ou religieux pour certains, agressivité du quotidien parfois qui se déverse dans la culture populaire via la musique, les films, les réseaux sociaux, le langage, qui se métamorphose en manière d’être, un rapport aux autres, un besoin de prouver qu’on est un dur.
Violence anti-système hérité d’idéologies ancrées à l’extrême gauche, violences fascisantes ou racistes ancrées à l’extrême droite.
Violence de l’état, de la précarité économique, de l’absurdité administrative, violence des prisons françaises parmi les pires d’europe, d’une loi illisible pour la plupart d’entre nous, d’une justice débordée et sans moyens, du racisme ordinaire subit par beaucoup, qui pousse des paysans au suicide, des projets absurdes qui détruisent des terres, des forêts, qui polluent les sols, l’eau, qui torturent le vivant, violence et qui fait enrager celles et ceux qui comprennent cette logique mortifère
Comment casser la dynamique actuelle, par quoi commencer?
Par le haut je dirais.
L’exemplarité doit venir de ceux qui ont le loisir de réfléchir le ventre plein sans se demander comment ils vont payer leur prochain plein d’essence. Elle doit venir des gouvernants.
Mais où est-elle, cette exemplarité ?
Où est-elle quand un président arrogant ne tient pas ses promesses encore et encore, quand il enterre les cahiers de doléance des gilets jaunes, quand il enterre la convention climat, quand il dissous l’assemblé comme un enfant capricieux, quand il s’entoure d’un personnage comme Benalla, etc, etc… la liste est longue.
Où est-elle quand les sénateurs refusent de publier leurs notes de frais et affichent un train de vie de grand bourgeois pour certains et bénéficient d’avantages à vie indécents ?
Où est-elle quand les débats à l’assemblée ressemblent à une embrouille de court de récré ?
Où est-elle quand on demande aux française de faire des sacrifices alors que le train de vie de l’état est parfois délirant ?
Où est l’exemplarité quand on sait que l’État a provisionné une enveloppe de 2,3 millions d'euros pour l'installation d'Emmanuel Macron après son départ de la présidence ?
Où est-elle quand Marine LePen est condamée à 3 ans de prison pour détournement de fonds publics éuropéens et fait campagne pour devenir présidente ?
Quand Sarkozy, est condamné dans l’affaire des écoutes, dans l’affaire Bygmaltion, dans l’affaire du financement lybien, sans parler des autres affaires en cours ?
La liste est longue.
Et l’exemplarité dans la police donc.
Parce que oui, malgré l’état providence, malgré plus de congés qu’ailleurs, malgré le fait qu’il soit légitime de dire que c’est pire ailleurs, malgré le fait qu’on puisse analyser tout ça et dire que l’état français dépense énormément pour les français, il y a un truc qui cloche. Il n’est pas anormal que les lycéens soient inquiets pour leur avenir ou râlent pour des conditions dégradées, pas anormal qu’une partie de la population qui ne se sent pas écoutée lorsqu’elle revendique calmement finisse par péter un plomb, par anormal que quand on grandisse dans un quartier difficile on devienne soi-même difficile, pas anormal non plus que dans un pays qui a un chant guerrier pour hymne national et qui célèbre la révolution chaque année, il y ait des pulsions d’affrontement.
Cette violence et cette défiance m’inquiètent. Elles finissent aussi par m’aveugler, par occuper tellement de place qu’elles empêchent de penser à autre chose. Je vous renvoie d’ailleurs vers les épisodes de Sismique sur la violence, notamment celui avec Guillaume Soto-Mayor : c’est un sujet que j’ai déjà pas mal creusé.
Je vous balance tout ça un peu en vrac.
Un jour, je m’agace du laxisme, du manque de culture économique, de ce que je perçois comme de la naïveté dans une partie de la gauche sur la dette, l’immigration ou la violence. Le lendemain, c’est le mépris de classe d’une partie de la droite, son conservatisme, cette obsession migratoire et religieuse qui peut masquer du racisme ou le refus d’accepter la diversité réelle de la société française.
Un autre jour encore je me perds dans cette grille de lecture droite-gauche qui n’a plus tellement de sens.
Et je désespère du niveau de notre classe politique actuelle, de ne plus voir d’où pourrait venir le salut dans un pays à la dérive.
Bref, je crois que les années à venir vont être compliquées, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de chemin vers du mieux au final.
Je vous avais prévenus : ce sont des ressentis. Si je les partage, c’est que vous vous reconnaissez peut-être dans une partie. Pas dans tout, j’espère, sinon vous êtes aussi paumés que moi et je ne vous le souhaite pas.
Mais on transforme vite une émotion en opinion. Une image me choque, et me voilà avec une explication du pays. C’est ce passage-là qui m’inquiète, parce que beaucoup de monde a intérêt à l’accélérer.
Ma colère retient mon attention. Elle peut rapporter de l’argent à une plateforme, de l’audience à une chaîne, de la visibilité à celui qui publie. Quand je regarde une vidéo révoltante jusqu’au bout, même pour la dénoncer, je contribue à faire circuler ce qui me révolte.
Et je peux connaître très bien ce fonctionnement, tout en continuant à faire défiler.
À force, le camp d’en face m’arrive surtout à travers ses pires représentants. Je vois tellement de gens absurdes ou haineux que je finis par trouver absurde ou haineux qu’on puisse penser autrement que moi. Là, on commence à comprendre comment on se durcit.
Et certains cherchent délibérément à nous pousser dans cette direction. Des intérêts politiques, économiques, mais aussi des puissances étrangères. Des opérations russes utilisent de faux comptes, dont certains automatisés, pour diffuser des contenus et intervenir dans les conversations. Derrière un commentaire, il peut y avoir une opération d’influence.
Je ne sais pas quelle part des commentaires que je lis cela représente. Mais une foule de comptes n’est pas forcément une foule de citoyens. On peut fabriquer l’impression que tout le monde pense quelque chose, puis compter sur de vraies personnes pour prendre le relais.
Et moi, au milieu, je peux finir par me méfier de mes voisins à partir d’une conversation en partie fabriquée. Ça me fout la trouille.
Les politiques sont pris là-dedans aussi. Ils doivent exister dans ce flux. Réagir avant les autres, trouver la formule, afficher leur fermeté. Celui qui dit « il faut examiner ça » risque de disparaître derrière celui qui désigne un coupable.
Ils ont leurs responsabilités. Certains exploitent très bien ce système. Mais nous aussi, quand nous partageons une humiliation réussie et passons devant une explication.
Harari, dans Nexus, regarde la démocratie comme un réseau d’information capable de se corriger : une presse indépendante peut révéler une faute, des contre-pouvoirs peuvent contester une décision, les citoyens peuvent changer de gouvernement.
Cela suppose de pouvoir reconnaître une erreur. Or nous organisons des échanges où revenir sur ses propos ressemble à une défaite, où donner raison à l’adversaire devient suspect. Comment voulez-vous réfléchir ensemble dans ces conditions ?
Le direct exige une réponse alors que les faits arrivent encore. Puis on passe à autre chose. La dette, l’école, les causes de la colère restent là, avec nos désaccords intacts. Et j’ai le sentiment qu’on s’est surtout donné de nouvelles raisons de se détester.
Moi, je suis un peu fatigué de tout ça, comme beaucoup d’entre vous. Du commentaire sur le commentaire. Des images putaclic, des postures partisanes, de cette assurance avec laquelle chacun semble savoir exactement ce qu’il faudrait faire alors que vraiment pour le coup on n’est pas dans une situation simple. J’ai envie de demander : vous avez vraiment regardé ce que votre solution implique ? Comment ça s’inscrit dans les contraintes du monde économique, de l’UE, de la pluralité de la France ?
La politique a toujours été compliquée, c’est devenu impossible tant tout va vite, tant on se fait tomber dessus à la moindre phrase maladroite, tant on est tout le temps dans la lumière. C’est surement aussi pour cela qu’elle n’attire plus les gens les plus compétents. Je ne blame donc pas trop vite celles et ceux qui osent entrer dans l’arène et j’aimerais que le système médiatique permette à des personnalités moins masochistes, plus mesurées de participer au jeu. Pour l’instant c’est compliqué.
Et en tant que producteur de pensée, d’analyse, que curateur, je sens cette pression ici aussi. Il faudrait que je vous donne rapidement un éclairage, une opinion qui se détache des autres.
J’ai des convictions et des choses à apporter. Mais je veux pouvoir les travailler.
Comprendre nos marges de manœuvre suppose aussi de sortir du tête-à-tête français : l’énergie, l’Europe, nos créanciers, les rapports de force internationaux font partie du problème.
Je vais donc souffler un peu, essayer de m’éloigner des images chocs pour faire des recherches de fond, prendre le temps de revenir sur l’état du pays, à commencer je pense par la dette. Pour qu’on puisse discuter des options, de leurs conséquences, de ce qu’on accepte ou refuse.
A suivre donc. Il y a toujours un petit espace qui existe légèrement à l’écart de l’actualité hypnotique et de l’urgence à se positionner radicalement sur tout. C’est à ça que je veux contribuer avec Sismique.
Merci d’être là, merci de me soutenir pour me donner le temps justement.
Nouveaux podcasts
Paris brûle-t-il ? Impressions à chaud...
Un regard personnel sur nos colères, nos contradictions et notre difficulté à penser la suite.
Guerre monétaire et nouvel ordre mondial
Dette, dollar, Chine, Europe : comprendre les nouveaux rapports de force
Dépolariser la société
Comment contribuer à favoriser le dialogue ?
Sommes-nous condamnés à courir ?
Conclusion de la série : que peut-on encore choisir ?
Qu’est-ce que l’intelligence ?
Retour aux basiques: comprenons-nous vraiment le projet IA ?
Hommage à Marc de la Ménardière.
Réinventer sa vie, trouver du sens
Une IA pour les contrôler tous
La société sous influence, le pouvoir, la surveillance, et ceux qui l'assument.
Société : le grand effritement
Travail, vérité, mémoire, liens : comment l'IA ébranle les piliers de la société.








