Qui gouverne ?
En 2010, Peter Thiel expliquait qu'on pouvait changer le monde sans avoir à convaincre personne, grâce à la technologie. En 2025, Joe Biden prévenait qu'une oligarchie était en train de s'installer aux États-Unis.
Pour comprendre ce qui se joue entre les deux, cet épisode plonge dans l'histoire du pouvoir. Avec quels outils on domine des gens, de l'Europe médiévale à la Silicon Valley en passant par la Chine ? Quelles sont les mécaniques et les principes du pouvoir ? Quelles sont les idées de cette nouvelle classe d'entrepreneurs de la tech, héritiers des libertariens ? Et surtout, qu'est-ce que l'IA change ?
Ce qui nous a protégés jusqu'ici, c'est que les puissants avaient besoin de nous. Ce besoin est peut-être en train de disparaître.
L'épisode le plus politique de la série.
La mécanique du pouvoir, et ses invariants
Toutes les sociétés humaines dont on a la trace, au-delà d'une certaine taille, ont produit des dominants et des dominés. Pour dominer, il n'existe que trois outils : la force, la persuasion, le savoir.
La force est le plus cher des trois. Il faut des gens pour frapper, les payer, les loger, et d'autres gens pour les surveiller eux. Aucun pouvoir n'a jamais pu poster un homme derrière chaque habitant.
La persuasion est ce qui rend la domination soutenable. Même dans le système esclavagiste, il a fallu convaincre, non pas les esclaves mais ceux qui tenaient les fusils et signaient les registres.
Le savoir a quatre étages : savoir ce que l'autre ignore, savoir faire ce qu'il ne sait pas faire, lui faire croire qu'on le voit, et décider de ce qu'il a le droit d'apprendre.
Le savoir technique est le seul des trois outils qui se cumule sans plafond. Un chevalier bien équipé reste un homme sur un cheval ; un savoir en produit un autre, indéfiniment.
Ce qui fait tenir les trois ensemble n'est pas un quatrième outil, c'est un rapport : la dépendance. On peut dominer quelqu'un sans le frapper, sans le convaincre et sans le surveiller, s'il ne peut pas se passer de vous.
Et la dépendance n'a pas besoin d'être réelle. Il suffit qu'elle soit crue. Un ordre moral ou une promesse d'enfer tiennent des gens plus solidement qu'une chaîne.
La formule qui résume l'épisode : la persuasion sert à fabriquer la dépendance, et la dépendance dispense de la force.
Aucun pouvoir n'a jamais dit qu'il dominait pour lui. On protège, on civilise, on apporte la vraie foi, l'égalité ou la liberté.
Ce qui a réellement limité les pouvoirs
À chaque époque, ce qui a arrêté un pouvoir, c'est le prix, jamais sa vertu. Il fallait des gens pour dominer, et des gens coûtent cher.
Le panoptique de Bentham porte un défaut de conception : il faut quelqu'un dans la tour, payé, éveillé, et surveillé à son tour.
La Boétie : le tyran ne vous prend rien, vous lui donnez, y compris ses soldats, qui sont vos enfants et vos voisins. Si vous cessez de donner, il tombe.
Quand un monopole du savoir se brise, ça commence par du désordre, et à la fin du désordre il n'y a jamais moins de pouvoir. Il y en a un autre.
Ce que les ouvriers du 19e siècle ont obtenu ne vient pas de la générosité des propriétaires, mais du fait que ceux-ci avaient besoin d'eux.
La démocratie moderne ne prétend pas supprimer le pouvoir. Elle part du principe qu'il y en aura toujours et qu'on en abusera, et installe délibérément des freins, au prix de la lenteur.
Huxley écrit à Orwell en 1949 qu'il se trompe : gouverner par la peur demande des gardiens et des prisons, gouverner par le plaisir coûte moins cher.
Le projet : soustraire l'économie au vote
Le colloque de Paris, en 1938, ne demande pas moins d'État mais un État fort sur un seul terrain : propriété, contrats, monnaie, et empêché de faire le reste.
La méthode n'a jamais été de supprimer le vote, mais d'en sortir l'économie : banques centrales indépendantes, traités, tribunaux d'arbitrage, critères budgétaires inscrits dans des textes qu'un gouvernement élu ne peut pas défaire seul.
La promesse affichée était que libérer l'économie libérerait les gens. Or les plus grandes réussites du marché libre se produisent là où personne ne vote.
Du même constat, deux conclusions opposées. Pour les critiques, ce projet n'a jamais été compatible avec la démocratie. Pour une partie des gagnants, le vote lui-même est devenu le problème.
Quand les adversaires cessent de parler économie, une partie du courant va chercher sa justification dans la nature. Si les différences sont inscrites à la naissance, l'inégalité cesse d'être une question politique.
Le déplacement décisif : la compétition était une règle pour les entreprises, on l'applique désormais aux personnes, avec un résultat supposé écrit à la naissance.
Qui pousse aujourd'hui
Les entreprises du numérique n'avaient aucun projet politique. Elles ont construit en vingt ans, sans plan d'ensemble et financées par nous, la dépendance la plus large de l'histoire humaine.
Google corrige en 2003 le défaut du panoptique : les données arrivent seules et se traitent seules, il n'y a plus besoin de personne dans la tour.
Les textes existent et sont publics. Thiel écrit en 2009 qu'il ne croit plus la liberté et la démocratie compatibles. Yarvin propose une monarchie technologique. Andreessen inscrit Marinetti dans ses saints patrons.
Ces gens ont échoué pendant 15 ans à construire des endroits hors d'atteinte. Îles flottantes, ville californienne, enclave au Honduras. Ce ne sont pas des stratèges omniscients.
Le changement de méthode est le point de bascule : entrer dans les États qui existent déjà, parce que ça ne demande de gagner aucune élection. Il suffit de devenir indispensable à ceux qui les gagnent.
Le DOGE, relu par Slobodian et Tarnoff, aurait eu pour objet d'ouvrir des administrations cloisonnées et de les rendre lisibles. Ça ne demandait aucune technologie, seulement des identifiants et des dérogations.
Février 2020 : le camp qui s'est construit sur l'impossibilité de planifier une économie désigne la technologie qui la rendrait possible.
La fuite sur le club Dialog ne montre pas un complot, elle montre que ces gens se voient, une fois par an depuis 20 ans, et qu'aucun des 222 inscrits n'a utilisé son adresse d'État, ce qui place ces échanges hors des lois sur les archives publiques.
Une partie de cette oligarchie est très pessimiste et prépare sa sortie. Sa priorité n'est pas d'empêcher la catastrophe, c'est d'y survivre dans de bonnes conditions.
Quand on se croit à l'abri, les conséquences deviennent le problème des autres. Quand on se croit en plus naturellement supérieur, être à l'abri cesse d'être un privilège pour devenir un dû.
Ce que l'intelligence artificielle change
Simone Weil expliquait que les pouvoirs s'arrêtent pour des raisons matérielles, pas morales. Trois de ces impossibles cèdent en même temps : le coût de fabrication d'un outil, le volume traitable, et l'automatisation de l'action.
Le maillon qui disparaît est celui de la personne qui devait faire le travail, et qui pouvait se tromper, s'endormir ou refuser.
L'IA est d'abord un outil de savoir, et le savoir commande les deux autres : la force doit savoir où frapper, la persuasion doit savoir qui convaincre.
Ce qui est collecté aujourd'hui sur une seule personne dépasse ce que la Stasi avait réuni sur toute une population, avec 111 kilomètres d'archives et un Allemand de l'Est sur soixante à son service.
Nous ne sommes pas sur écoute. Deux obstacles tiennent encore, et aucun n'est une loi : les données sont en morceaux, et personne n'aurait le temps de tout lire. Ce sont des obstacles pratiques, donc ils se lèvent.
Ce que ces modèles apportent vraiment : lire ce qui n'a jamais été rangé en cases, et reconnaître que deux fichiers parlent de la même personne. C'est ce second point qui fait tomber les cloisons.
La persuasion n'a même plus besoin de convaincre. Il suffit de noyer, jusqu'à ce que plus rien ne soit vrai ni possible.
Un assistant conversationnel ne délivre pas de réponse neutre. La vraie question n'est plus de savoir s'il manipule, mais vers quoi il penche par défaut et qui a écrit cette pente.
La dépendance se fabrique en vendant à perte le temps que la chose devienne indispensable. Les États-Unis referment l'accès, la Chine ouvre ses modèles. Deux méthodes opposées, un même objectif.
La force n'a plus besoin de menacer ni d'envoyer personne. La sanction s'applique toute seule, et ce qui disparaît n'est pas le gendarme mais le fonctionnaire qui aurait pu regarder le dossier et dire que ça n'avait pas de sens.
Chaque fois qu'un pouvoir est tombé par la force, il y a eu un moment où la troupe a refusé de tirer. Un drone ne fait pas ça.
La thèse centrale
Les démocraties sont nées d'un calcul. Les propriétaires ont toléré le suffrage et la redistribution parce qu'ils avaient besoin de travailleurs éduqués et qu'ils craignaient le travail organisé.
Retirez le besoin, et le calcul change. Le suffrage devient une dépense sans contrepartie.
L'exploitation et la répression sont les formes anciennes de la domination. Celle qui vient s'appelle l'inutilité, et elle est plus difficile à combattre, parce qu'on ne peut pas retirer une contribution dont personne n'a besoin.
Toute la démonstration de La Boétie reposait sur une condition qu'il n'avait aucune raison de questionner : que le tyran ait encore besoin de ce que vous lui donnez.
La séparation qui se dessine n'a rien de géographique, elle est d'accès. Le seul outil qui s'accumulait sans plafond cesse d'être partagé, et la frontière devient un privilège.
Ce qui se met en place mélange Orwell et Huxley, parce que plus rien n'oblige à choisir. On peut divertir la plupart des gens et contraindre les quelques-uns qui résistent, avec le même appareil.
Et personne n'a décidé ça. Ces machines ne fabriquent pas un projet autoritaire, elles fabriquent la demande d'autorité. Ce qui est plus dérangeant qu'un complot, puisqu'il n'y a personne à remplacer pour que ça s'arrête.
Ce qui résiste
Le prix n'a pas disparu, il a changé de nature. Réparti hier en milliers de dépenses invisibles, il est aujourd'hui concentré dans quelques endroits énormes. Une dépense concentrée, ça se voit, ça demande du courant et un permis.
Un pouvoir qui a besoin d'électricité et d'autorisations dépend de ceux qui les accordent. Sauf là où celui qui construit et celui qui autorise sont le même.
La méfiance est la plus forte chez ceux qui s'en servent le plus. L'argument selon lequel les gens s'y feront en apprenant à l'utiliser ne tient pas.
L'opposition traverse les camps, et ceux qui se mettent en travers ne défendent pas nécessairement la démocratie. Ils défendent autre chose.
L'Europe régule et recule dans le même mouvement, ses obligations les plus contraignantes ayant été repoussées de 16 mois à la dernière minute.
Le régime chinois tient par une promesse de prospérité qu'il est obligé de tenir, ce qui le pousse à protéger ses travailleurs de l'automatisation. Un pouvoir qui a besoin de vous reste un pouvoir qu'on peut tenir.
Les modèles ouverts créent un effet de bord que personne n'avait prévu, et un outil dans la nature ne fait jamais seulement ce pour quoi on l'a conçu. Avec la prudence qui s'impose : on avait déjà fait ce pari avec internet.
La question finale
Montesquieu ne dit pas que les puissants sont méchants, il dit que la question ne se pose pas là. Pour que le pouvoir arrête le pouvoir, il faut la disposition des choses, pas la vertu de quiconque.
Les moratoires, les procès, les élus, les tribunaux et les modèles qu'on installe chez soi sont des dispositions en train de se chercher. Maladroites, tardives, dispersées.
Deux présidents américains sortants, à 64 ans d'écart, ont attendu leur discours d'adieu pour prévenir du même danger. Un discours d'adieu est le seul endroit où un président parle sans rien négocier.
Concepts
Les trois outils de domination. Force, persuasion, savoir. La grille qui structure l'épisode entier.
La servitude volontaire. Idée formulée par La Boétie en 1548 : le pouvoir du tyran ne repose pas sur sa personne mais sur ce que ses sujets lui donnent, à commencer par les hommes qui composent ses armées et son administration.
Le panoptique. Bâtiment circulaire imaginé par Jeremy Bentham en 1791, où un gardien central peut voir toutes les cellules sans être vu. Le détenu, ne sachant jamais s'il est observé, se surveille lui-même.
Le monopole de la violence légitime. Définition de l'État moderne : l'État est seul autorisé à exercer la contrainte physique.
Le moulin banal. Au Moyen Âge, le moulin seigneurial dont l'usage était obligatoire et qui prélevait une part de toute la production alentour. L'épisode s'en sert comme analogie de la commission prélevée par les boutiques d'applications.
La zone économique spéciale. Territoire délimité où les règles fiscales et sociales du pays ne s'appliquent pas. Shenzhen en 1979 en est le modèle. On en compte aujourd'hui plus de 5000 dans le monde.
Le problème du calcul. Argument de Hayek contre l'économie planifiée : sans marché ni prix, aucune autorité ne peut savoir ce qu'un pays doit produire ni en quelle quantité.
L'élite cognitive. Expression issue de The Bell Curve (1994), désignant une classe qui se séparerait du reste de la société par ses seules capacités mentales. Reprise en 1997 dans L'individu souverain.
La classe inférieure permanente. Expression circulant dans certains cercles de la Silicon Valley : passé un certain point du développement de l'IA, chacun serait figé définitivement dans sa position sociale.
Le rapprochement d'identités. Opération consistant à reconnaître que deux fichiers différents désignent la même personne. L'épisode en fait la capacité décisive, plus encore que le croisement de données.
Les poids d'un modèle. Les paramètres internes d'un système d'IA. Un modèle « en accès ouvert » est un modèle dont les poids sont téléchargeables et exécutables sur sa propre machine, sans passer par le service du fabricant.
L'IA incarnée. Nom donné aux systèmes capables d'agir dans le monde physique, robotique comprise.
Personnes citées
Peter Thiel. Cofondateur de PayPal et de Palantir, investisseur, mentor de JD Vance. Fil conducteur de l'épisode.
Simone Weil. Philosophe française. Son texte de 1934 fournit à l'épisode sa question centrale : pourquoi les pouvoirs s'arrêtent-ils ?
Étienne de La Boétie, Sun Tzu, Machiavel, Jeremy Bentham, Montesquieu. Les auteurs classiques convoqués pour chacun des trois outils.
Michel Foucault. Cité au micro dans un entretien de 1981, et pour sa relecture du panoptique comme modèle du pouvoir moderne.
George Orwell et Aldous Huxley. Les deux modèles opposés de domination parfaite, par la peur et par le contentement, et leur échange épistolaire d'octobre 1949.
Louis Rougier, Walter Lippmann, Raymond Aron. Les organisateurs et participants du colloque de Paris en août 1938.
Friedrich Hayek et Milton Friedman. Les deux figures majeures de la société du Mont-Pèlerin, tous deux prix Nobel d'économie.
Richard Herrnstein et Charles Murray. Auteurs de The Bell Curve (1994).
Quinn Slobodian, Naomi Klein, Wendy Brown. Les voix critiques du projet néolibéral. Slobodian est aussi coauteur de Muskism et a été reçu au micro de Sismique.
Curtis Yarvin. Ingénieur devenu théoricien politique, promoteur d'une « monarchie technologique ».
Marc Andreessen. Investisseur, auteur du manifeste techno-optimiste d'octobre 2023.
Filippo Tommaso Marinetti. Poète italien, auteur du manifeste du futurisme en 1909, cosignataire du manifeste fasciste italien dix ans plus tard.
Joe Lonsdale. Cofondateur de Palantir, investisseur dans les technologies vendues aux administrations, fondateur d'un institut qui rédige des propositions de loi.
Auren Hoffman. Président du club Dialog, fondateur de deux entreprises de données, l'une de localisation, l'autre de rapprochement d'identités.
Jasmine Sun. Journaliste installée à San Francisco, qui écrit sur la culture de la Silicon Valley pour The Atlantic.
Douglas Rushkoff. Auteur de Survival of the Richest, reçu au micro de Sismique.
Ian Garner. Historien de la propagande soviétique et russe.
Bernard Stiegler. Philosophe français mort en 2020, qui a travaillé sur les effets des techniques sur nos façons de penser.
Nicolas Guillou. Juge français à la Cour pénale internationale, sanctionné par le Trésor américain le 20 août 2025.
Gil Durán et Karen Hao. Auteurs des deux enquêtes citées en fin de deuxième partie.
Alex Bores. Élu new-yorkais, à l'origine d'une loi sur la sécurité des modèles d'IA, pris pour cible par un comité de financement de l'industrie.
Bernie Sanders, Steve Bannon, Bill Gates. Trois voix, très différentes, qui appellent à la vigilance.
Dwight Eisenhower et Joe Biden. Les deux discours d'adieu qui ouvrent et ferment l'épisode.
Organisations, entreprises, sigles
Palantir. Entreprise cofondée par Peter Thiel, qui vend aux États la couche logicielle permettant de faire communiquer des bases de données jusque-là cloisonnées.
Dialog. Club privé sur invitation cofondé par Thiel en 2006, dont la liste des membres a fuité en juin 2026.
Le Mont-Pèlerin. Société savante fondée après la guerre, du nom de la montagne suisse où ses membres se réunissent.
Le Cato Institute. Institut libertarien américain, dont la revue a publié le texte de Thiel en 2009.
La fondation Charles Koch. Financement de long terme des idées néolibérales dans la politique américaine.
Le DOGE. Opération de réorganisation administrative américaine pilotée par Elon Musk.
Flock Safety. Entreprise américaine de lecture automatisée de plaques d'immatriculation, présente dans plus de 6000 communes.
Geedge Networks. Entreprise chinoise qui commercialise auprès d'autres États une version du grand pare-feu chinois.
ChapsVision. Entreprise française qui remplace Palantir à la Direction générale de la sécurité intérieure depuis juin 2026.
Mistral et Z.ai. Le premier est le champion européen de l'IA, le second un laboratoire chinois dont Mistral héberge un modèle depuis août 2026.
Pax Silica et la WAICO. Les deux blocs concurrents qui organisent l'accès aux minerais, aux puces et au calcul, lancés respectivement par Washington en décembre 2025 et par Pékin en juillet 2026.
La Stasi. Police politique est-allemande, étalon de comparaison de l'épisode avec ses 111 kilomètres d'archives papier.
Le Pew Research Center. Institut d'enquête américain, auteur du sondage de février 2026 sur l'opinion américaine.
Repères historiques et d'actualité
1548, 1791, 1938, 1979, 1991. Les cinq dates charnières de la traversée historique : la servitude volontaire, le panoptique et Saint-Domingue, le colloque de Paris, Thatcher et Shenzhen, la fin de l'URSS.
Le Patriot Act. Voté six semaines après le 11 septembre 2001, par 98 voix contre une au Sénat. Ses programmes de surveillance de masse seront révélés douze ans plus tard par Edward Snowden.
Le texte américain de 2018. Permet aux autorités des États-Unis de réclamer les données détenues par une entreprise américaine, où qu'elles soient stockées dans le monde.
Les lois françaises de renseignement de 2015. Autorisent une détection automatisée sur les réseaux.
Les fuites de données françaises. Février 2024, données de santé de 33 millions d'assurés. Mars 2024, France Travail, 43 millions de personnes. Avril 2026, agence des titres sécurisés, 12 millions de comptes. Été 2026, Direction générale des finances publiques, 675 000 contribuables.
Le règlement européen sur l'IA. Ses obligations de transparence s'appliquent depuis le 2 août 2026, avec des sanctions pouvant atteindre 3 % du chiffre d'affaires mondial. Un texte de simplification a repoussé de 16 mois les obligations les plus contraignantes.
Les sources de l'épisode
Enquêtes et articles
Ian Garner, « L'âge de la slopagande », Le Grand Continent, 1er juillet 2026. La source du passage sur les images générées par IA et la formule « rien n'est vrai, et rien n'est possible ».
legrandcontinent.eu — la version académique existe aussi, Nothing is True and Nothing is Possible: Theorizing the Age of Slopaganda
WIRED, la fuite du club Dialog, juin 2026.
WIRED, le code du nouvel outil de Flock Safety, 19 août 2026. Plus de 450 fichiers exposés depuis les pages de connexion de l'entreprise, et 69 requêtes pré-écrites dans l'outil.
Reprises accessibles : Cybernews et Yahoo Tech. À noter, un courrier du sénateur Ron Wyden à la FTC porte sur le même dossier.
New York Times, « The U.S. Military Wants A.I. Dominance. Feuds and China May Thwart It. », David Sanger, Dustin Volz, Ana Swanson et Julian Barnes, 16 août 2026. La source du Gemini intégré en quatre jours.
Versions syndiquées en accès libre : The Philadelphia Inquirer et San Francisco Examiner
Reuters, le projet de lettre du département d'État aux 35 signataires, août 2026. La phrase citée au micro, dans la version rapportée par Reuters : to be part of everything is to be part of nothing.
Reprises : The Next Web et GMA News. Chronologie complète de Pax Silica par l'ITIF.
La DGSI quitte Palantir pour ChapsVision, 16 juin 2026.
Maddyness, L'Informaticien, Portail de l'IE. Et le communiqué de Palantir annonçant le renouvellement du contrat six mois plus tôt, en décembre 2025.
Le juge Nicolas Guillou sous sanctions américaines, 20 août 2025.
Le Club des Juristes, son entretien où il plaide pour une souveraineté numérique et bancaire européenne, et InformatiqueNews
Quinn Slobodian et Ben Tarnoff sur Muskism, Verfassungsblog, 27 février 2026. L'entretien d'où vient la relecture du DOGE.
Peter Thiel, « The Education of a Libertarian », Cato Unbound, avril 2009.
New York Times, tribune sur la « classe inférieure permanente », avril 2026.
Bill Gates, « The turbulent AI era is here ».
Rapports et données
Pew Research Center, enquête menée du 17 au 23 février 2026 auprès de 5 119 Américains. 40 % attendent un impact négatif de l'IA sur la société, 16 % un impact positif. Les jeunes adultes sont à la fois les plus utilisateurs et les plus inquiets.
L'enquête, le volet par âge, la note d'août sur les jeunes adultes
Direction générale des finances publiques, la FAQ officielle sur l'accès illégitime au système d'information.
Livres
Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale, 1934. Publié en 1955 dans le recueil Oppression et liberté, chez Gallimard, dans la collection Espoir dirigée par Camus.
Gallimard — et le texte intégral en accès libre chez les Classiques des sciences sociales.
Karen Hao, Empire of AI, Penguin Press, mai 2025.
Babelio — traduction française L'empire de l'IA, éditions Écran.
Gil Durán, The Nerd Reich: Silicon Valley Fascism and the War on Democracy, Avid Reader Press, 18 août 2026.
Douglas Rushkoff, Survival of the Richest, W. W. Norton, 2022.
Éditeur — non traduit, mais l'article original de 2018 est en français sur La Spirale.
Quinn Slobodian et Ben Tarnoff, Muskism: A Guide for the Perplexed, 2026.
Les classiques, cités au micro : La Boétie, Discours de la servitude volontaire (vers 1548) ; Sun Tzu, L'Art de la guerre ; Montesquieu, De l'esprit des lois (1748) ; Orwell, 1984 (1949) ; Huxley, Le Meilleur des mondes (1932) ; Herrnstein et Murray, The Bell Curve (1994) ; Davidson et Rees-Mogg, L'individu souverain (1997, réédité en 2020 avec une préface de Thiel).
Extraits sonores et vidéo (aussi disopnibles dans le transcript)
Peter Thiel, Libertopia, 15 octobre 2010
https://www.youtube.com/watch?v=C0R9kx-qsvI
Joe Biden, discours d'adieu, 15 janvier 2025
https://www.youtube.com/shorts/J2ehxgOwKIk
Michel Foucault, 1981 (02:25)
https://www.youtube.com/watch?v=7x5M-Gs2X1M
Le monde se divise en deux catégories
https://www.youtube.com/watch?v=hCRZicO9Bhk
Aie confiance
https://www.youtube.com/watch?v=evt_8hluLww
Game of Thrones, le savoir c'est le pouvoir
https://www.youtube.com/watch?v=i3iAWBvvGQU
Michel Foucault, le pouvoir c'est une relation (02:09)
https://www.youtube.com/watch?v=7x5M-Gs2X1M
Star Wars, ainsi s'éteint la liberté
https://www.youtube.com/watch?v=mRpHzZE42vg
Le Nom de la Rose (05:10)
https://www.youtube.com/watch?v=u-Zz30anlws
Le Meilleur des mondes, le conditionnement (03:45)
https://www.youtube.com/watch?v=fPzbT-MX4VE
[SANS LÉGENDE, à identifier]
https://www.youtube.com/shorts/V8h0PnP2Fck
Donald Trump, Nobody can take us
https://www.youtube.com/shorts/JMNDB-OFIbY
Ronald Reagan, government is the problem
https://www.youtube.com/watch?v=P1sGN6J9Tgs
Quinn Slobodian au micro de Sismique
https://www.youtube.com/watch?v=m0dfiWM-rsE
Peter Thiel, reprise de l'extrait d'ouverture
[SANS LÉGENDE, à identifier] (03:00)
https://www.youtube.com/watch?v=yvok-N_tj3U
Gladiator
https://www.youtube.com/watch?v=LxElx6TrcUE
Mr Robot, les 1 %
https://www.youtube.com/watch?v=tJaLHsPDuQ4
Margin Call (01:10)
https://www.youtube.com/watch?v=qZIdXqoFOSc
Le Seigneur des anneaux, l'œil de Sauron
https://www.youtube.com/watch?v=rUxCOKEuU7Q
[SANS LÉGENDE, à identifier]
https://www.youtube.com/watch?v=QqknSms8VVI
JD Vance interrogé sur Palantir (01:20)
https://www.youtube.com/watch?v=2J670jcLRQg
Elysium
https://www.youtube.com/watch?v=b4vOWpoW-_M
Bernie Sanders
https://www.youtube.com/watch?v=BwKGHjo7dxM
Bernie Sanders (09:00)
https://www.youtube.com/watch?v=OMejS47nuuQ
Dwight Eisenhower, discours d'adieu, 17 janvier 1961 (10:30)
https://www.youtube.com/watch?v=CWiIYW_fBfY
Aldous Huxley en français, 1960
https://www.youtube.com/watch?v=dEqfrhYe63w
George Orwell, déclaration de 1949, récitée par un acteur
Aucune de ces références n'est citée dans l'épisode. Elles prolongent les questions qu'il pose, elles ne les répètent pas.
Pour prolonger la mécanique du pouvoir
Michael Mann, The Sources of Social Power (Cambridge University Press, 1986-2012, 4 volumes)
L'équivalent savant de l'exercice tenté dans l'épisode, en plus ample : Mann distingue quatre sources du pouvoir social, idéologique, économique, militaire et politique, et suit leur entrelacement sur toute l'histoire humaine. À lire pour voir ce que donne la même intuition menée sur plusieurs milliers de pages.
Charles Tilly, Coercion, Capital, and European States, AD 990-1992 (Blackwell, 1990)
La thèse tient en une formule : la guerre a fait l'État et l'État a fait la guerre. Prolonge directement le passage sur la confiscation de la violence, en montrant que l'État moderne est d'abord un dispositif de financement militaire.
Albert O. Hirschman, Exit, voice, loyalty. Défection et prise de parole (1970, Éditions de l'Université de Bruxelles, 2011)
Le concept sur lequel repose sans le dire tout le mouvement des îles flottantes et des enclaves privées. Face à une organisation qui se dégrade, on peut partir ou protester, et Hirschman montre que le premier choix affaiblit le second.
editions-ulb.be
Pour discuter la thèse centrale de l'épisode
Timothy Mitchell, Carbon Democracy. Le pouvoir politique à l'ère du pétrole (La Découverte, 2013)
La référence la plus utile de cette liste. Mitchell soutient que la démocratie de masse doit sa forme aux propriétés matérielles du charbon, qui donnaient aux mineurs et aux cheminots un pouvoir de blocage, et que le passage au pétrole le leur a retiré. Exactement le raisonnement de l'épisode sur le besoin qu'on a de nous, mené sur l'énergie et sur pièces.
Éditions La Découverte
Barrington Moore, Les origines sociales de la dictature et de la démocratie (1966, Maspero puis La Découverte)
Le contrepoids classique. Pour Moore, les démocraties naissent de coalitions de classes et de ruptures violentes, pas d'un calcul de propriétaires. C'est la tradition que l'épisode mentionne sans la développer quand il précise que d'autres historiens font une place bien plus grande aux luttes.
Daron Acemoglu et Simon Johnson, Pouvoir et progrès. Technologie et prospérité, notre combat millénaire (Pearson France, 2024)
Mille ans d'innovations passés au crible d'une seule question : qui a capté les gains. Leur réponse, que le partage n'a jamais été automatique et qu'il a toujours fallu un contre-pouvoir pour l'obtenir, arme la discussion sur ce que l'IA va produire.
Decitre
Pour prolonger la partie captation et exploitation
James C. Scott, L'Œil de l'État. Moderniser, uniformiser, détruire (1998, La Découverte, 2021)
Le concept de lisibilité : pour gouverner une population, un État doit d'abord la rendre déchiffrable, par le cadastre, le patronyme fixe, le recensement. Toute la partie sur le décloisonnement des fichiers devient plus claire une fois ce livre lu.
Shoshana Zuboff, L'Âge du capitalisme de surveillance (2019, Zulma, 2020)
L'analyse dont l'épisode se sert pour raconter le tournant de Google entre 2001 et 2003, sans la nommer. À lire pour la démonstration complète, et pour les objections qu'elle a suscitées.
Virginia Eubanks, Automating Inequality (St. Martin's Press, 2018)
Enquête de terrain sur les systèmes automatisés d'attribution de l'aide sociale aux États-Unis. Prolonge l'idée que l'appareil de contrainte naît des guichets, et rappelle que ces dispositifs sont toujours essayés d'abord sur les pauvres.
Nick Couldry et Ulises Mejias, The Costs of Connection (Stanford University Press, 2019)
Les auteurs proposent de lire l'extraction de données comme une forme de colonialisme, avec ses territoires et ses dépossessions. Une grille très différente de celle de l'épisode, et un déplacement géographique utile.
Kai Strittmatter, Dictature 2.0. Quand la Chine surveille son peuple (Tallandier, 2020)
Enquête d'un correspondant de longue date sur l'appareil chinois de surveillance. Prolonge le programme des « yeux perçants » et le passage sur ce que le parti se croit obligé de tenir.
Pour prolonger l'histoire des idées
Nancy MacLean, Democracy in Chains (Viking, 2017)
Le versant américain du projet raconté au mouvement 3, autour de l'économiste James Buchanan et de l'école du choix public. Livre très contesté par des historiens sur sa méthode et ses attributions d'intention, ce qui en fait un bon objet de discussion plutôt qu'une autorité.
Corey Robin, The Reactionary Mind (Oxford University Press, 2011)
Thèse : la réaction n'est pas une humeur mais une tradition intellectuelle cohérente, dont l'objet constant est la défense de la hiérarchie contre ceux qui la contestent. Permet de situer la droite technologique sans passer par le débat sur le mot fascisme, que l'épisode laisse volontairement de côté.
Elizabeth Eisenstein, The Printing Press as an Agent of Change (Cambridge University Press, 1979)
L'ouvrage de référence derrière le passage sur Luther et l'imprimerie. Eisenstein montre que la rupture ne tient pas à l'invention elle-même mais à ce que la reproductibilité fait à la vérification et à l'accumulation du savoir.
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