Crise économique - Pierre Sabatier



Les bourses mondiales se sont effondrées alors que les économies sont un peu partout à l’arrêt et que le virus Covid-19 n'a pas encore atteint son pic de propagation. Nous sommes le 24 mars 2020 au moment de cette interview. Le crack boursier est là, plus rapide, plus violent qu'en 2008, plus contenu aussi pour le moment du fait de la réactivité des états et banques centrales; mais il faut s'attendre à une récession économique majeure dans les prochains mois, dont personne ne peut vraiment anticiper l'ampleur ni les conséquences. Le système peut-il tenir? Est-ce l’opportunité de réformer nos pratiques financières et économiques ?


Pierre Sabatier est économiste, ingénieur agronome de formation, membre des Econoclastes, et co-fondateur du cabinet indépendant de recherche économique et financière PrimeView, dont il est aujourd’hui président.


Interview enregistrée le 24 mars 2020


Présentation de l’invité :

Notes de l'épisode:

02 :40 - Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

  • Effondrement boursier

  • Récession économique voire plutôt infarctus économique

  • Crise sanitaire= arrêt brutal de l’activité ; Impact économique de crise sanitaire et du confinement en particulier

5 :00 - Quel est le contexte économique et financier dans lequel survient cette crise ?

  • Effet domino à éviter : Crise sanitaire, arrêt brutal de l’activité économique , multiplication des cessations de paiements, répercussion sur le système bancaire credit crunch (refus des banques de prêter), crise de liquidité pour les entreprises, chômage de masse...

  • Différences avec la crise de 2008 ?

  • 2008 : crise financière circonscrite sans arrêt de l’activité économique, a davantage impacté les ménages que les entreprises

  • 2020 : dettes des entreprises bien plus importantes, arrêt bien plus puissant de l’activité économique : effet domino décrit précédemment, -15 à -25% de PIB

13 :00 - Pourquoi tout chute en même temps (actions, obligations, matières premières, métaux précieux..) ?

  • 2010-2020 : « tout a monté »

  • 2020 : « tout ne baisse pas de la même façon », les actifs risqués sont les plus touchés, situation inédite avec une baisse plus importante du « bear market » que dans les années 30, obligations d’entreprises touchées alors que celles d’état relativement protégée grâce aux taux d’intérêt bas, or également touché car besoin de liquidité

  • « Tant qu’on a pas la certitude que l’effet domino s’arrête, les actifs risqués continueront d’être pénalisés quand les actifs considérés moins risqués (obligations souveraines des pays riches et métaux précieux) se comporteront correctement »

18 :00 - De quels leviers dispose-t-on et combien de temps les Etats peuvent-ils tenir ?

  • Face à un infarctus économique : « on ne fait pas de morale !, on sauve les bons comme les mauvais », deux temps pour réagir à ce type de crise :

  • 1er temps « court terme », moratoire pendant 3 mois : Eviter les cessations de paiement l’Etat doit s’aligner sur cette chute importante de PIBchoc de dette publique

  • 2ème temps « moyen-long terme » : éviter que cela se reproduise, « sanctionner les mauvais »


  • Leviers à disposition :

  • Donner les moyens aux Etats : soutien des banques centrales grâce au Quantitative easing (abaissement des exigences de fonds propres pour les établissements bancaires/assurances, injection de liquidité sur le marché interbancaire, achats d’obligations souveraines d’état et d’entreprises),

  • Report de la fiscalité des entreprises

  • Autoriser les découverts bancaires pour les agents privés

  • Conséquence globale : augmentation du déficit public


  • Les États peuvent être pris en défaut si :

  • Acteur privé ne joue pas le jeu

  • Banques ne jouent pas le jeu : refus de prêter

  • Mise en difficulté de gros acteurs financiers

  • Durée de la crise trop longue avec risque déflationniste

26:00 - Le surendettement d’un état peut-il mettre en péril la monnaie ? Quel serait le risque pour l’euro à long terme ?

  • « Je ne crois pas aux attaques extérieures, si les monnaies doivent s’effondrer, elles s’effondreront d’elles-mêmes », « un billet de banque n’est rien d’autre qu’un contrat de confiance »

  • Problématique structurelle de l’euro : déconnexion du pouvoir du politique (pouvoir de légiférer au niveau national et pouvoir de battre monnaie au niveau européen)

32 :00 - La crise actuelle est-elle une nouvelle opportunité de changer les règles du jeu et si oui comment ?

  • A très court terme : limiter l’effet domino

  • A long terme : changer les règles du jeu ; revoir nos modèles de développement, se « démondialiser », remettre en question la croyance « que dans le monde qui vient, il n’y a de place que pour les gros ; on pourrait réfléchir à un modèle qui se passe à la fois d’environnement, à la fois d’écologie, à la fois de géographie, et que ça pourrait satisfaire les gens »

  • C’est la deuxième fois qu’on fait la même chose : privatiser les gains, collectiviser les pertes

  • « Le modèle doit devenir plus moral » : le secteur financier doit être mois déconnecté de l’économie réelle, séparer les activités financières des activités bancaires

  • Limiter les « too big to fail », car « quand les gros deviennent si gros qu’ils deviennent des concurrents légitimes de l’état, ça ne peut pas durer éternellement ».

  • « Les conditions de cette dernière décennie plus celles de cette crise créent les conditions d’une alternative politique beaucoup plus profonde »

40 :00 - Lien entre la chute du prix du pétrole et cette crise ?

  • Deux facteurs :

  • Arrêt de l’économie entraine une chute de la demande : chute des prix

  • Guerre entre les pays producteurs (Russie et Arabie Saoudite) pour juguler la production

  • États unis touchées particulièrement par la baisse de prix car coût d’extraction plus élevé pour les pétroles de schiste que les pétroles conventionnels.

45 :00 - Peut-on imaginer un nouveau cycle de croissance économique considérant la raréfaction des sources d’énergie ? Soutenabilité du stock de dette publique ?

  • « On trouvera des substituts au pétrole » ; « Les gens veulent autre chose » ; « Il faut changer parce qu’on veut changer »

  • Flux versus stock de dette publique ? « L’économie ne peut pas être sous perfusion ad vitam aeternam »

52 :00 - Si vous étiez à la place d’Emmanuel Macron ou de Christine Lagarde, que feriez-vous ?

  • Gérer la crise sanitaire

  • Éviter la cessation de paiement

  • « Il faudra recréer le vivre ensemble » ; « il faudra être petit et connecté »

54 :00 - Quels risques courent les particuliers concernant leurs investissements ?

  • « La décennie à venir va être une décennie de sélection » : bien connaitre les entreprises dans lesquelles on investit et ne pas « acheter une grande classe d’actifs et se laisser porter »

  • A privilégier au cœur de la crise : métaux précieux, obligations d’état

  • Pour l’immobilier : lié au niveau d’endettement élevé (risque de retombée sur le secteur bancaire en cas de cessation de paiement)

58 :00 - Comment voyez-vous les dix prochaines années ?

  • « Elle sera cruciale »

  • Réinventer de nouveaux modèles, opérer une révolution intellectuelle

60 :00 - Livres et média à conseiller ?


Pour aller plus loin :

« Crise des subprimes » :

Dette :

Création Monétaire et Quantitative Easing :

Pétrole :


Son blog : https://www.lemonde.fr/blog/petrole/

Son livre « Or noir » : https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Or_noir-9782707167019.html

Une interview récente « Un avenir sans pétrole » : https://www.youtube.com/watch?v=qtJYpKxjn-A



- Un grand merci à Emmanuel DESTANQUE pour la rédaction de ces notes -


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