Le travail est au cœur de nos vies… et peut-être aussi au cœur de nos impasses.
Pourquoi travaillons-nous autant ? À quoi ce temps et cette énergie servent-ils vraiment ? Et surtout, comment repenser le travail dans un monde où la crise écologique nous oblige à produire et consommer moins, alors même que la dette publique, la compétition économique mondiale et la pression sociale nous poussent à accélérer toujours davantage ?
Dans cet épisode, Dominique Méda, philosophe et sociologue, professeure à l’Université Paris Dauphine, nous aide à penser cette tension structurante de notre époque. Spécialiste des politiques publiques du travail, de la protection sociale et de la transition écologique, elle interroge les fondements de notre modèle économique et les mythes qui l’accompagnent : croissance, compétitivité, plein emploi, progrès technologique… tout est passé au crible de l’analyse historique, sociale et politique.
Nous parlons ensemble de la genèse du productivisme, de la dégradation des conditions de travail en France, des limites du capitalisme mondialisé, de la place des jeunes et des classes populaires, de l’Europe comme horizon de transformation… et de la manière dont nous pourrions, collectivement, construire une société plus juste, plus soutenable, plus désirable.
Une conversation dense, accessible, et précieuse pour comprendre les enjeux profonds de notre époque.
Concepts & diagnostics
Le travail est devenu une norme sociale absolue, un lieu d’identité et de reconnaissance… mais aussi de souffrance.
Les conditions de travail en France sont parmi les plus dégradées d’Europe, malgré un haut niveau de protection sociale.
Le consensus de Washington a remplacé le consensus de Philadelphie, marquant le passage d’un État social à une logique néolibérale dominante.
L’économie mondialisée met en concurrence non seulement les entreprises, mais aussi les modèles sociaux : la protection devient un handicap dans un système non régulé.
Controverses & tensions
La transition écologique est perçue comme punitive par les classes populaires, en l’absence de politiques d’accompagnement ambitieuses.
La France est prise en étau : entre dettes, injonction à la compétitivité et nécessité de sobriété, le système semble sans issue claire.
La planification écologique est nécessaire, mais elle se heurte à la peur de l’économie administrée et à l'idéologie du marché tout-puissant.
La jeunesse n’a pas perdu le goût du travail, elle réagit à un marché qui l’a longtemps exploitée et dévalorisée.
Perspectives & solutions
Recentrer la société sur les besoins essentiels, plutôt que sur la production infinie de biens marchands.
Penser l’Europe comme échelle de résistance et de transformation, pour sortir de la guerre économique tous azimuts.
Associer les citoyens à la construction d’un futur commun, à travers des collectifs de travail, des indicateurs alternatifs, et une projection désirable du changement.
Utiliser le travail comme levier de transformation écologique et sociale, en créant des emplois utiles, soutenables, valorisants.
Concepts clés
Consensus de Philadelphie (1944) : fondement d’un État social protecteur, affirmant que le travail n’est pas une marchandise.
Consensus de Washington (1980s) : triomphe de la dérégulation, du libre marché, de la réduction de l’État social.
Décroissance / post-croissance : idée qu’il faut réduire notre empreinte écologique tout en augmentant la qualité de vie.
Planification écologique : coordination publique de la transition, orientée vers la sobriété, la justice et la résilience.
Personnalités citées
Karl Polanyi : auteur du Grand retournement, analysant comment les sociétés cherchent des protections face au marché dérégulé.
Giuliano da Empoli : auteur des Ingénieurs du chaos, sur les stratégies des populismes contemporains.
Denis Meadows : co-auteur du rapport Limits to Growth (1972), signalant les limites planétaires.
Sicco Mansholt : ex-vice-président de la Commission européenne, précurseur d’une bifurcation écologique européenne.
Organisations & sigles
DARES : Direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (Ministère du Travail).
CSRD : Corporate Sustainability Reporting Directive, directive européenne sur la transparence sociale et environnementale des entreprises.
OIT : Organisation Internationale du Travail.
GERPISA / Forum Vies Mobiles : Instituts de recherche cités pour penser la mobilité et la reconversion de l'industrie automobile.
Contexte historique & politique
1945–1980 : essor de l’État providence et du salariat comme norme sociale et économique.
Depuis les années 1980 : montée du néolibéralisme, mondialisation financière, érosion des protections sociales.
2018 / Gilets jaunes : point de rupture sur la taxe carbone, révélateur des fractures sociales autour de la transition.
Europe actuelle : entre espoir de transformation et montée des extrêmes droites prônant le repli national
Soutenez Sismique
Sismique existe grâce à ses donateurs. Aidez-moi à poursuivre cette enquête en toute indépendance.
Merci pour votre générosité ❤️
Nouveaux podcasts
Vivant : l’étendue de notre ignorance et la magie des nouvelles découvertes
ADN environnemental : quand l'invisible laisse des traces et nous révèle un monde inconnu.
Les grands patrons et l'extrême droite. Enquête
Après la diabolisation : Patronat, médias, RN, cartographie d’une porosité
Géoconscience et poésie littorale
Dialogue entre science, imagination et art autour du pouvoir sensible des cartes
Violence sur nos écrans : la banalisation du mal
Pourquoi la violence ne nous choque plus comme avant ? Quelles conséquences pour la société ? Enquête sur l’usure émotionnelle des images et la banalisation de la violence
France, Europe, Big Tech : Le prix du renoncement
Thierry Breton raconte les erreurs du passé et les rapports de force d’aujourd’hui.
L’envers de la carte. Entre information, narration et pouvoir
Comprendre les choix derrière chaque carte et infographie, avec Clara Dealberto
STEVE BANNON : Le plan du stratège du populisme mondial
Au cœur de la vision illibérale qui redessine le monde occidental
Cartographie, pouvoir et dépendance numérique
La carte comme bien commun. Comment penser une géographie souveraine, ouverte et partagée, avec Sébastien Soriano patron de l’IGN