#66 - Interview
Investir pour un avenir « fertile »
Peut-imaginer un fonds d’investissement d’un nouveau genre pour financer la transition écologique et sociétale ?Marie Ekeland est une figue de l’entreprenariat en France, spécialisée dans le financement de start-up, cofondatrice du fonds d'invest...
Peut-on imaginer un fonds d’investissement d’un nouveau genre pour financer la transition écologique et sociétale ?
Marie Ekeland est une figure de l’entreprenariat en France, spécialisée dans le financement de start-up, cofondatrice du fonds d'investissement Daphni.
En 2017, elle devient la première femme présidente du Conseil National du Numérique.
Fin 2020, elle lance un nouveau fonds, sous le nom de "2050", avec pour objectif de contribuer à l’émergence d’un monde « fertile ».
On commence à connaître le diagnostic de l’urgence écologique, beaucoup désormais sont d’accords (en France du moins) avec l’idée qu’il faut remettre à plat nos modèles si l’on veut avoir une chance d’éviter de nous enfoncer plus en avant dans un dérèglement qui deviendrait hors de tout contrôle.
Mais comment faire ?
La question se pose à tous les niveaux puisqu’il faudrait quasiment tout réinventer.
La question vaut bien-sûr pour les entreprises, et pour ceux qui investissent pour les soutenir et les faire grandir : peut-on concilier profit, croissance d’un acteur économique et transition écologique ?
Et puisque l’argent est là, à investir, vers quoi le diriger et de quelle manière pour que notre économie commence enfin à changer ?
Ce sont les sujets dont nous parlons avec Marie Ekeland, sans langue de bois, et c’est passionnant.
01 :00 – Qui est Marie Ekeland ?
- Son parcours professionnel
- Avant tout à la recherche de rencontre et d’ouverture
- Une approche holistique avec pour cadre et boussole la science, les mathématiques, l’informatique.
- « On est dans un monde qui pousse à la spécialisation et moi j’ai lutté toute ma vie contre ça… Il faut casser les silos, sortir de la surspécialisation. »
06 :00- Quel regard sur le monde ?
- De la difficulté à savoir où on veut aller.
- Les limites de la prospective : on part du présent pour penser l’avenir sans prendre en compte le fait que nous avons le choix de faire différemment.
- « Mon action, sachant ce que je sais, je veux l’orienter vers quoi ? »
- Il nous manque une vision du futur souhaitable, les imaginaires sont trop peu exprimés.
- C’est complexe, on ne peut pas répondre à la question du futur de manière isolée, il faut une approche systémique.
- « Nous avons des visions locales mais pas de vision globale »
13 :00 – Comprendre aujourd’hui pour bien se projeter
- On ne prend pas suffisamment en compte les limites de la planète et des humains
- « Les modèles économiques n’intègrent pas les contraintes de production »
- Le modèle de Nordhaus, prix Nobel d’économie très critiqué. « Mais tu as compris ce que ça voulait dire 5 degrés de réchauffement… ? »
- Notre modèle fonctionne pour optimiser l’argent et oublie les autres dimensions que sont les humains et la planète.
- Nordhaus vs. Meadows : video de comparaison entre deux grands modèles économiques
- Critique de l’idée d’externalité
19 :00 – Des limites à l’innovation pour répondre aux grands enjeux actuels ?
- On nous a appris à reproduire les bonnes pratiques, on est dans un modèle de reproduction du passé… Or il nous faut faire différemment.
- Un futur « fertile », qu’est-ce que c’est ? On a besoin de créer des modèles qui ne sont pas figés.
- 3 dimensions : bien poser les problèmes, se donner une destination, s’assurer que les moteurs de cette transformation ne sont pas en train de tout casser de l’autre côté.
- « Il faut séparer le diagnostic de la manière dont on le résout. »
25 :00 – Le métier d’investisseur et de gérant de fond
30 :00 – L’approche nouvelle proposée par 2050, le fond de Marie Ekeland
- « J’ai évolué dans la manière de penser ce métier »
- Le problème de la clause de liquidité qui oblige à une croissance rapide : si l’investisseur n’a pas pu vendre ses actions, il peut vendre l’entreprise. 2050 est un fond « evergreen » c’est à dire sans limite de temps.
- L’importance d’avoir une approche systémique pour pouvoir juger de la pertinence d’une idée. « On essaie donc de comprendre les écosystèmes de A à Z. »
- Les piliers d’investissement : alimentation, santé, éducation & culture, vie durable, économie de la confiance.
- L’exemple de l’alimentation et du secteur agricole : où sont les nœuds à débloquer.
- Aicha Ben Dhia, Dominique Dron : s’appuyer sur les bonnes personnes, les bons experts, les bons réseaux pour comprendre en profondeur les problèmes à régler.
- « Les entreprises ne suffiront pas »
44 :00 – Les principaux freins au changement ?
- Le principal frein est culturel et éducatif
- 10% du fond sont consacrés à financer les communs, avec aucun objectif de rentabilité directe, car tout ne peut être réglé par l’entreprise. Exemple : créer un « playbook », un guide de l’alignement.
- Première brique : un cours sur le réchauffement climatique
- « Le premier problème que je vois est que les gens ont besoin de mieux comprendre ce qui se passe »
50 :00 – Comment changer le modèle économique ?
- « Je ne fais pas un fond d’impact positif, j’arrête juste d’avoir un impact négatif … et je finance l’économie de demain. »
- « La transition de l’économie est inéluctable »
- Il faut revoir les axiomes, changer certaines règles du jeu. L’exemple de la structure du fond.
- « Il faut créer les exemples qui marchent. »
01 :01 :00 – Qu’est-ce qu’on ne voit pas venir ?
- L’inégalité intergénérationnelle… On n’arrive pas à intégrer le temps dans notre pensée. On ne laisse pas suffisamment de place aux jeunes sur ces questions-là.
- L’importance du vivant et les opportunités de progrès en comprenant mieux la nature. Exemple de l’aberration des règles sur les semences paysannes.
Les défis environnementaux du 21e siècle (cours en creative commons), Aicha Ben Dhia et Ivar Ekeland
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