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Les principes de succès et d’échec des nations - Ray Dalio

Reflexion sur l’ouvrage de Ray Dalio : The Changing World Order - Why nations succeed and fail ?

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Les principes de succès et d’échec des nations - Ray Dalio

Quels sont les ingrédients de succès des grandes nations ?

Pourquoi durant des années certaines nations prospèrent, dominent, puis passent la main, inévitablement ?

Que se passe-t-il en ce moment qui ressemble beaucoup à une fin de cycle ?

Reflexion sur l’ouvrage de Ray Dalio : The Changing World Order - Why nations succeed and fail ?

Il y a quelques années, Ray Dalio, un investisseur américain à succès, a remarqué une confluence de conditions politiques et économiques qu'il n'avait jamais rencontrées auparavant. Celles-ci incluaient des dettes énormes et des taux d'intérêt nuls ou proches de zéro, ce qui a conduit à une impression massive de monnaie dans les trois principales devises de réserve mondiales ; des conflits politiques et sociaux importants au sein des pays, en particulier aux États-Unis, dus aux plus grandes disparités de richesse, de pouvoir politique et de valeurs depuis plus de 100 ans ; et l'émergence d'une puissance mondiale (la Chine) défiant la puissance mondiale existante (les États-Unis) et l'ordre mondial actuel. La dernière fois que cette confluence s'est produite, c'était entre 1930 et 1945. Cette réalisation a poussé Dalio à rechercher les schémas répétitifs et les relations de cause à effet sous-jacentes à tous les changements majeurs de richesse et de pouvoir au cours des 500 dernières années.


Alors que le nouvel ordre mondial se dessine et que nous en subissons de plus en plus les ondes de chocs, regardons de plus près ce qui se joue.

00:00 - Intro

3:50 - L'Anticipation des Événements  

6:35 - Les Fondements des First Principles  

14:12 - Leçons de l'Histoire Financière  

18:56 - Impression d'Argent et Investissement  

20:00 - Anticiper l'Avenir en Étudiant le Passé  

23:10 - L'Étude des Empires et des Monnaies  

24:12 - Transitions de Puissance

26:51 - Emergence de nouveaux gagnants et perdants  

28:02 - Observation des indicateurs de changement de pouvoir  

28:26 - Division du cycle en trois phases  

28:34 - Phase de montée des nouveaux ordres  

39:39 - Déclin : faiblesse économique et luttes internes  

45:33 - Nouveau cycle et nouvel ordre mondial

Je vais vous parler aujourd’hui d’un livre de Ray Dalio : Principles for Dealing with the Changing World Order: Why Nations Succeed and Fail

Principes pour faire face au nouvel ordre mondial : Pourquoi les nations réussissent et échouent ?

Et evidemment au moment ou j’enregistre cet épisode. mi juin 2024, l’actualité chaude nous fait reflechir aux choix que font les peuples et surtout ceux qui les dirigent aux choix qu’ils font dans le présent et qui determinent leur avenir. Leur avenir économique, politique, géopolitique et en tant que société en paix ou non. Et beaucoup de choses se jouent un peu partout dans le monde dans une année d’election, notamment en Europe, en France de manière un peu inattendue, aux USA, etc.

Mais je me rappelle aussi que les secousses du présent ont des germes qui parfois viennent de loin, et qu’au-delà des étonnements et des empressements, c’est toujours intéressants de regarder le temps long et les racines profondes. Cet épisode contribue à ça.

Ray Dalio est un entrepreneur américain qui a fondé en 1975 un tout petit fond d’investissement à NYC, Bridgewater associate, qui allait devenir un des plus gros hedge fund du monde faisant donc de lui un milliardaire en même temps qu’une des 100 personnalités les plus influentes du monde. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Time magazine.

Le livre dont je vais vous parler n’a pas encore été traduit en français, bien que ce soit un best-seller international, mais son auteur en a fait une vidéo que j’ai traduite parce qu’elle synthétise bien ses idées clés, idées qui me semblent être intéressantes et surtout en lien avec beaucoup de questions que je me posent. Ces questions, si vous écoutez sismique régulièrement vous les connaissez : quelles sont les grands principes de fonctionnement du monde et de nos vies, quelles sont les règles du jeu et les dynamiques profondes ?

Et je me reconnais bien dans les questionnements et l’approche de Ray Dalio puisque dans plusieurs domaines, il cherche à trouver quelles sont les principes de fonctionnement fondamentaux des systèmes. Il en a meme fait sa marque en quelques sorte et a sorti plusieurs ouvrages autour de cette idée et son site personnel est s’appelle d’ailleurs principles.com.

Sur le site il explique que “Les principes sont des moyens de faire face avec succès à la réalité pour obtenir ce que vous voulez de la vie”.

Ray Dalio est donc un financier, et son travail consiste essentiellement à essayer d’anticiper dans quelle direction vont aller les entreprises, les économies, les décisions politiques, les marchés, quels sont les meilleurs placements, etc.

C’est un métier qui implique de savoir se procurer et trier l’information, de bien comprendre ce qui fait bouger le monde afin d’être capable d’anticiper les évènements ou au moins les tendances.

Et contrairement à des analystes ou des prospectivistes, c’est intéressant de noter, que c’est un métier ou on on doit faire des choix concrets et où on doit donc se mouiller ,parce qu’in fine, on est jugés sur des résultats mesurables, sur l’issu des paris que l’on fait. Et il y a une différence palpable entre un bon et un mauvais choix: soit on gagne de l’argent, des clients, de la réputation, du pouvoir, soit on en perd.

Ray Dalio est connu pour avoir eu de bonnes analyses qui lui ont fait faire de bons choix, en tout cas d’après les critères liés à l’augmentation de pouvoir, c’est à dire dans nos terme modernes les critères du succès. Il fait notamment parti des rares à avoir vu venir la crise des subprimes en 2008.

L’idée n’est pas ici d’en faire l’apologie, mais de montrer qu’il a une certaine crédibilité, au moins pour ce qui est de l’anticipation de l’évolution de l’économie.

Hors pour comprendre l’économie, il faut aussi s’intéresser à ce qui la sous-tend ou au moins peut l’affecter c’est à dire des petits trucs comme la politique, la géopolitique, l’énergie, la monnaie, la technologie, les idées, etc… Et noter ami Ray s’intéresse à tous ces sujets et est plutot doué pour les vulgariser, avec bien sûr ses propres lunettes teintées, c’est inévitable

Je vous dis deux mots de plus sur le concept qui sous-tend la plupart des publication de Ray Dalio, à savoir donc l’idée de “first principles”.

Les "first principles", ou principes fondamentaux, sont les concepts de base ou les vérités premières sur lesquels repose tout raisonnement ou système. Ce sont les éléments les plus élémentaires qui ne peuvent pas être réduits ou simplifiés davantage, servant de blocs de construction pour d'autres connaissances.

Ces principes sont considérés comme des vérités plus ou moins établies, ne nécessitant pas de preuves supplémentaires. Ils constituent les axiomes ou postulats essentiels dans un domaine de connaissance. En s'appuyant sur ces principes, il est possible de déduire des conclusions et de construire des edifices complexes et qui marchent.

Les principes fondamentaux sont particulièrement utiles pour simplifier des problèmes complexes. En revenant à ces bases, on peut décomposer des problèmes en leurs éléments essentiels, permettant une compréhension et une résolution plus efficaces. C’est donc une base solide et universelle pour la pensée critique et l'analyse.

En physique par exemple, on a le principe de la conservation de l'énergie : L'énergie ne peut ni être créée ni détruite, seulement transformée d'une forme à une autre. Ou encore Principe de l'inertie (Première loi de Newton) : Un objet en mouvement reste en mouvement et un objet au repos reste au repos, à moins d'être soumis à une force externe.

En mathématique on a l’Axiome de l'égalité : Si deux choses sont égales à une troisième chose, elles sont égales entre elles.

En philo on a le Principe de non-contradiction : Une chose ne peut pas être à la fois vraie et fausse en même temps et sous le même rapport.

Principe de causalité : Chaque effet a une cause.

En biologie on a Principe de l'évolution par sélection naturelle : Les organismes les mieux adaptés à leur environnement survivent et se reproduisent.

En économie on a Principe de rareté : Les ressources sont limitées, ce qui oblige à faire des choix sur leur utilisation.

Principe de résolution de problème comme le Principe de la cause première : Identifier et résoudre la cause première d’un problème plutôt que ses symptômes.

Principe de décomposition : Décomposer un problème complexe en problèmes plus simples et gérables.

En passant on voit déjà au travers de ces exemples que selon la discipline c’est plus ou moins solide. En physique, une science dur, c’est du très solide. Meme si parfois on les affine, on les précise, les principes fondamentaux ne changent quasiment pas. 2+2= 4, et ce sera toujours le cas. Pour faire allusion au roman 1984 d’Orwell, ce n’est pas parce que le parti dit que 2+2=5 que c’est vrai. Avec 2+2=5 on ne fait pas décoller des fusées et on ne peut pas même pas réussir une recette de cuisine, ça ne marche pas. Mais en économie, par exemple c’est un peu plus discutable, les principes sont parfois plus friables, on a moins de recul, ça dépend des contextes ou du cadre.

Vous avez compris l’idée : on essaie d’aller à la racine, de comprendre quels sont les ingrédients fondamentaux et les structures desquels découlent les tendances, desquelles découlents les évènements. Encore une fois, c’est exactement l’approche que j’ai utilisé dans mon propre livre, le monde change et on y comprend rien, et je fais d’ailleurs référence à Ray Dalio et cet ouvrage en particulier. Si jamais vous faites partie de mes heureux lecteurs, c’est page 149. Si vous ne faites partie de mes lecteurs, il est évidemment encore temps de corriger ça. C’est un livre dont le but est de nous aider à réfléchir aux grandes mutations du monde, et si vous ne l’aviez pas encore compris, on a en ce moment quelques piqure de rappel quand au fait qu’effectivement nous entrons dans une époque de turbulences. Je ferme la parenthèse et je reviens à nos moutons

dans lequel on finit en fait par comprendre 2/3 trucs sur ce monde qui change et qui change vite, livre publié au éditions First et qui pour rappel est toujours en vente, et qui est toujours jaune comme la couleur de l’été, parfais donc pour lire sur la plage. Et je continuerai à vous embeter avec mon livre tant que tous mes auditeurs de l’auront pas lu, parce que bon, c’est un sacré boulot et surtout qu’il éclaire particulièrement ce qui se joue en ce moment, notamment en Europe, notamment en France, notamment dans vos diner de famille où plus personne n’est d’accord au point de ne plus se parler. Je ferme la parenthèse commerciale.

Un dernier exemple parlant concernant les principes fondamentaux. Je l’utiliser souvent lors des mes conférences.

Si j’observe qu’un arbre donne des pommes chaque année, je note une tendance. Il a tendance à donner des pommes. A force je peux observer que c’est dans la structure de l’arbre de donner des pommes. Et a cette structure particulière je peux donner le nom de pommier et partir de la certitude que jamais cette structure, à moins d’etre modifiée, ne pourra donner des poires ou des prunes.

C’est ça un principe fondamental. Un pommier, ça donne des pommes. Si je lache le verre que je tiens dans la main en ce moment à cet endroit, il tombe.

Ray Dalio dans le livre dont je vous parle s’est intéressé aux principes fondamentaux qui font qu’une nation se développe, devient puissante, puis dominante, et ce qui fait qu’elle peut ensuite laisser la place à une autre. Il essaie de comprendre ces cycles d’ascension et de déclin des nations et des empires que l’on retrouve dans l’histoire.

Et je trouve ça intéressant parce que ça permet non seulement de faire le lien entre plein de sujets déjà abordés dans sismique et aussi de questionner où nous en sommes aujourd’hui en tant que nation ou que groupe de nation si on parle d’Europe. Et car nous concerne tous, parce que tôt ou tard, l’état de santé de la nation où l’on vit finit par avoir des conséquences sur notre quotidien. Vivre dans un pays qui va bien, qui a les moyens de ses ambitions, de prendre soin des plus démunis, de stabiliser sa monnaie, de suffisamment payer ses fonctionnaires pour qu’ils ne soient pas trop corrompus, d’assurer la sécurité pour tous, etc… ca n’est pas pareil que de vivre dans un pays en souffrance. Ainsi y voir clair sur ce qui fait la puissance ou juste le bien-être d’une nation c’est gagner en lucidité quant à ce qui se joue aujourd’hui dans votre pays.

Je précise comme toujours que Ray Dalio ne détient pas la vérité absolue. Il propose simplement une grille de lecture. Je note au passage d’ailleurs que cette grille ne fait aucune référence à la dimension écologique, contrairement par exemple à celle proposée par qq’un comme Jared Diamond. Il ne parle pas non plus d’énergie, en tout cas pas directement.

C’est un point de vue donc, regroupant un certain nombre de critère, mais évidemment ce n’est pas l’ensemble du réel.

C’est d’ailleurs toujours le problème avec les modèles quels qu’ils soient, ils sont inévitablement simplificateurs, parfois très pratiques et fonctionnels, mais toujours simplificateurs. Mais on n’a pas beaucoup mieux.

Voici donc la traduction du script d’une vidéo donc vous trouverez le lien dans les notes. Ray Dalio n’est pas encore un invité de Sismique, mais c’est presque pareil.

L'ordre mondial en mutation.

Les temps à venir seront radicalement différents de ceux que nous avons connus au cours de notre vie, bien qu'ils soient similaires à de nombreuses époques précédentes. Comment le sais-je ? Parce que cela a toujours été le cas.

Au cours de mes quelque 50 ans d'investissement macroéconomique mondial, j'ai appris à la dure que les événements les plus importants qui m'ont surpris l'ont fait parce qu'ils ne s'étaient jamais produits de mon vivant.

Ces surprises douloureuses m'ont conduit à étudier les 500 dernières années d'histoire pour des situations similaires où j'ai vu qu'elles s'étaient effectivement produites de nombreuses fois auparavant avec les hauts et les bas des empires néerlandais, britannique et américain. Et chaque fois que cela se produisait, c'était un signe du changement de l'ordre mondial. Cette étude m'a appris des leçons précieuses que je vais vous transmettre ici sous une forme condensée.

Vous pouvez trouver la version complète dans mon livre, "Principles for Dealing with the Changing World Order". Permettez-moi de commencer par une histoire qui m'a amené à ce point, sur la façon dont j'ai appris à anticiper l'avenir en étudiant le passé. En 1971, alors que j'étais un jeune employé sur le floor de la Bourse de New York, les États-Unis ont manqué d'argent et ont fait défaut sur leurs dettes.

C'est exact. Les États-Unis ont manqué d'argent.

Comment ?

Eh bien, à l'époque, l'or était la monnaie utilisée dans les transactions entre pays. La monnaie papier, comme le dollar, était comme des chèques dans un carnet de chèques en ce sens qu'elle n'avait aucune valeur autre que celle d'être échangée contre de l'or, qui était la véritable monnaie.

À l'époque, les États-Unis dépensaient beaucoup plus d'argent qu'ils n'en gagnaient en écrivant beaucoup plus de ces chèques de monnaie papier qu'ils n'avaient d'or en banque pour les échanger.

Lorsque les gens ont commencé à convertir ces chèques en or, la quantité d'or aux États-Unis a commencé à diminuer. Il est vite devenu évident que les États-Unis ne pouvaient pas tenir leurs promesses pour tout l'argent papier existant, alors les détenteurs de dollars se sont précipités pour les échanger avant que l'or ne soit épuisé.

Reconnaissant que les États-Unis allaient manquer de véritable argent, le dimanche soir 15 août, le président Nixon est apparu à la télévision pour dire au monde que les États-Unis rompaient leur promesse de permettre aux gens d'échanger leurs dollars contre de l'or.

Bien sûr, il ne l'a pas dit de cette façon. Il l'a dit de manière plus diplomatique, sans préciser clairement que les États-Unis faisaient défaut.

03:12

  • [Président Nixon] La force d'une monnaie nationale est basée sur la force de l'économie de cette nation. Et l'économie américaine est de loin la plus forte du monde.

En conséquence, j'ai ordonné au secrétaire du Trésor de prendre les mesures nécessaires pour défendre le dollar contre les spéculateurs. J'ai ordonné au secrétaire Connally de suspendre temporairement la convertibilité du dollar en or ou en d'autres actifs de réserve, sauf dans les montants et les conditions déterminés pour être dans l'intérêt de la stabilité monétaire et dans le meilleur intérêt des États-Unis.

J'ai regardé avec étonnement en réalisant que l'argent tel que nous le comprenions était en train de disparaître. Quelle crise ! Je m'attendais à ce que le marché boursier plonge le lendemain, alors je suis arrivé tôt sur le parquet de la bourse pour me préparer. Lorsque la cloche d'ouverture a sonné, la panique a éclaté, mais pas de la manière que j'avais prévue. Le marché était en hausse - très en hausse - et a continué à augmenter de près de 25%.

Cela m'a surpris parce que je n'avais jamais vécu de dévaluation monétaire auparavant. Lorsque j'ai creusé dans l'histoire, j'ai découvert que la même chose s'était produite en 1933 et avait eu le même effet. À l'époque, les dollars en papier étaient également liés à l'or, dont les États-Unis manquaient parce qu'ils dépensaient plus de chèques de monnaie papier qu'ils n'avaient d'or pour les échanger.

Et le président Roosevelt a annoncé à la radio qu'il romprait la promesse du pays d'échanger des dollars contre de l'or.

04:50

  • [Président Roosevelt] C'est alors que j'ai publié la proclamation prévoyant la fermeture nationale des banques. Et ce fut la première étape de la reconstruction par le gouvernement de notre tissu financier et économique.

La deuxième étape, jeudi dernier, a été la législation rapidement et patriotiquement adoptée par le Congrès confirmant ma proclamation et élargissant mes pouvoirs afin qu'il soit possible, compte tenu des exigences du temps, de prolonger la fermeture et de lever progressivement l'interdiction de cette fermeture dans les jours à venir. Cette loi a également donné l'autorité de développer un programme...

Dans les deux cas, rompre le lien avec l'or a permis aux États-Unis de continuer à dépenser plus qu'ils ne gagnaient simplement en imprimant plus de dollars en papier. Puisqu'il y avait une augmentation du nombre de dollars sans une augmentation de la richesse du pays, la valeur de chaque dollar a chuté. Lorsque ces nouveaux dollars sont entrés sur le marché sans une augmentation correspondante de la productivité, ils ont été utilisés pour acheter beaucoup d'actions, d'or et de matières premières, ce qui a fait augmenter leurs prix.

En étudiant davantage l'histoire, j'ai vu que la même chose s'était produite de nombreuses, nombreuses fois auparavant. J'ai vu que depuis le début des temps, lorsque les gouvernements dépensaient beaucoup plus qu'ils ne percevaient en impôts et que les conditions se détérioraient, ils manquaient d'argent et en avaient besoin de plus. Alors, ils en imprimaient plus, beaucoup plus, ce qui faisait baisser sa valeur et augmentait les prix de presque tout, y compris des actions, de l'or et des matières premières.

C'est à ce moment-là que j'ai appris pour la première fois le principe selon lequel lorsque les banques centrales impriment beaucoup d'argent pour soulager une crise, il faut acheter des actions, de l'or et des matières premières parce que leur valeur augmentera et que la valeur de l'argent papier diminuera. Cette impression d'argent s'est également produite en 2008 pour soulager la crise de la dette hypothécaire et en 2020 pour soulager la crise économique due à la pandémie.

Et cela se produira presque certainement à l'avenir. Donc, je vous suggère de garder ce principe à l'esprit.

Ces expériences m'ont donné un autre principe, qui est que pour comprendre ce qui vous attend, vous devez comprendre ce qui s'est passé avant vous.

Ce principe m'a conduit à étudier comment la bulle des années 1920 s'est transformée en la dépression des années 1930, ce qui m'a donné les leçons qui m'ont permis d'anticiper et de profiter de la bulle de 2007 qui s'est transformée en crise de 2008.

Toutes ces expériences m'ont conduit à développer une impulsion presque instinctive à me tourner vers le passé pour trouver des situations similaires et apprendre comment bien gérer l'avenir.

Au cours des dernières années, trois grandes choses qui ne s'étaient pas produites de mon vivant m'ont poussé à faire cette étude.

Premièrement, les pays n'avaient pas assez d'argent pour payer leurs dettes, même après avoir abaissé les taux d'intérêt à zéro. Alors leurs banques centrales ont commencé à imprimer beaucoup d'argent pour le faire.

Deuxièmement, de grands conflits internes ont émergé en raison des écarts croissants de richesse et de valeurs. Cela s'est manifesté par un populisme politique et une polarisation entre la gauche, qui veut redistribuer la richesse, et la droite, qui veut défendre ceux qui détiennent la richesse.

Et troisièmement, des conflits externes croissants entre une grande puissance montante et la grande puissance dominante, comme c'est le cas actuellement avec la Chine et les États-Unis.

Alors, je me suis penché sur le passé. J'ai vu que tout cela s'était produit ensemble de nombreuses fois auparavant et conduisait presque toujours à des changements d'ordre intérieur et mondial. La dernière fois que cette séquence s'est produite, c'était de 1930 à 1945.

Qu'est-ce qu'un ordre exactement ? pourriez-vous demander. C'est un système de gouvernance pour les interactions entre les personnes. Il existe des ordres internes pour gouverner au sein des pays, généralement définis dans les constitutions. Et il y a un ordre mondial pour gouverner les relations entre les pays, généralement définis dans les traités. Les ordres internes changent à des moments différents des ordres mondiaux, bien que, que ce soit au sein ou entre les pays, ces ordres changent généralement après des guerres.

Des guerres civiles à l'intérieur des pays, des guerres internationales entre pays. Elles se produisent lorsque de nouvelles forces révolutionnaires battent de vieux ordres faibles. Par exemple, l'ordre interne des États-Unis a été établi dans la constitution en 1789 après la Révolution américaine, et il fonctionne encore aujourd'hui, même après la guerre civile américaine. La Russie s'est débarrassée de son ancien ordre et en a établi un nouveau avec la révolution russe de 1917, qui s'est terminée en 1991 avec une révolution relativement sans effusion de sang.

La Chine a commencé son ordre interne actuel en 1949 lorsque le Parti communiste chinois a remporté la guerre civile. Vous voyez l'idée.

L'ordre mondial actuel, communément appelé l'ordre mondial américain, s'est formé après la victoire des alliés lors de la Seconde Guerre mondiale lorsque les États-Unis sont devenus la puissance mondiale dominante. Il a été défini dans des accords et des traités sur la façon dont la gouvernance mondiale et les systèmes monétaires fonctionnent.

En 1944, le nouveau système monétaire mondial a été établi dans l'accord de Bretton Woods et a établi le dollar comme principale monnaie de réserve mondiale. Une monnaie de réserve est une monnaie couramment acceptée dans le monde entier, et en avoir une est un facteur clé pour qu'un pays devienne l'empire le plus riche et le plus puissant.

Avec une nouvelle puissance dominante et un système monétaire établi, un nouvel ordre mondial commence. Ces changements se produisent dans un cycle intemporel et universel que j'appelle le grand cycle.

Je vais commencer par un bref aperçu, puis donner une version plus complète et enfin vous diriger vers mon livre si vous en voulez plus.

En étudiant les 10 empires les plus puissants au cours des 500 dernières années et les trois dernières monnaies de réserve, j'ai parcouru l'ascension et le déclin de l'empire néerlandais et du florin, l'empire britannique et la livre sterling, l'ascension et le déclin précoce de l'empire des États-Unis et du dollar, et le déclin et la montée de l'empire chinois et de ses monnaies, ainsi que l'ascension et le déclin des empires espagnol, allemand, français, indien, japonais, russe et ottoman, avec leurs conflits significatifs.

Pour mieux comprendre les schémas de la Chine, j'ai également étudié l'ascension et la chute des dynasties chinoises et de leurs monnaies depuis l'an 600.

Parce que regarder toutes ces mesures à la fois peut être déroutant, je vais me concentrer sur les quatre plus importantes, les Néerlandais, les Britanniques, les Américains et les Chinois.

Ces cycles qui se chevauchent et ont duré environ 250 ans chacun avec des périodes de transition de 10 à 20 ans entre eux.

Typiquement, ces deux transitions ont été des périodes de grands conflits car les puissances dominantes ne déclinent pas sans se battre. Alors, comment mesurer la puissance d'un empire ?

Dans cette étude, j'ai utilisé huit critères. La mesure du pouvoir total de chaque pays est dérivée de leur moyenne. Ils sont : l'éducation, l'inventivité et le développement technologique, la compétitivité sur les marchés mondiaux, la production économique, la part du commerce mondial, la force militaire, le pouvoir de leur centre financier pour les marchés de capitaux et la force de leur monnaie en tant que monnaie de réserve.

Parce que ces pouvoirs sont mesurables, nous pouvons voir à quel point chaque pays est fort maintenant, l'était dans le passé, et s'ils sont en train de monter ou de décliner. En examinant les séquences de nombreux pays, nous pouvons voir comment un cycle typique se déroule. Et parce que les oscillations peuvent être déroutantes, nous pouvons les simplifier un peu pour nous concentrer sur le schéma des relations de cause à effet qui entraînent la montée et le déclin d'un empire typique.

une meilleure éducation conduit généralement à une augmentation de l'innovation et du développement technologique, et avec un décalage, à l'établissement de la monnaie en tant que monnaie de réserve. Ces forces déclinent ensuite dans un ordre similaire, renforçant le déclin de chacune d'elles.

Intéressons nous à la séquence typique des événements se déroulant à l'intérieur d'un pays qui produit ces montées et déclins.

En résumé, le grand cycle commence généralement après un grand conflit, souvent une guerre, qui établit la nouvelle puissance dominante et le nouvel ordre mondial. Parce que personne ne veut défier cette puissance, une période de paix et de prospérité s'ensuit généralement. Comme les gens s'habituent à cette paix et à cette prospérité, ils parient de plus en plus sur sa continuité.

Pour ce faire, ils empruntent de l'argent, ce qui conduit finalement à une bulle financière. La part de l'empire dans le commerce augmente. Et lorsque la plupart des transactions sont effectuées dans sa monnaie, elle devient une monnaie de réserve, ce qui conduit à encore plus d'emprunts.

En même temps, cette prospérité accrue distribue la richesse de manière inégale.

Ainsi, l'écart de richesse augmente généralement entre les riches "possédants" et les pauvres "démunis". Finalement, la bulle financière éclate, ce qui conduit à l'impression d'argent, à une augmentation du conflit interne entre les riches et les pauvres, ce qui conduit à une forme de révolution pour redistribuer la richesse.

Cela peut se produire pacifiquement ou sous forme de guerre civile. Pendant que l'empire lutte contre ce conflit interne, sa puissance diminue par rapport aux puissances rivales externes en ascension. Lorsque une nouvelle puissance montante devient assez forte pour rivaliser avec la puissance dominante qui a des problèmes domestiques, des conflits externes, généralement des guerres, ont lieu.

De ces guerres internes et externes émergent de nouveaux gagnants et perdants. Ensuite, les gagnants se réunissent pour créer le nouvel ordre mondial. Et le cycle recommence.

En regardant en arrière, j'ai vu que ces relations de cause à effet étaient à l'origine des cycles de montée et de déclin depuis l'Empire romain. J'ai vu comment les histoires de chacun de ces cycles se fondaient avec les autres avant, pendant et après, de la même manière que chaque histoire individuelle se mêle aux autres pour former l'épopée de 500 ans qui est l’histoire collective américaine.

Bien sur comme les cycles de vie humaine, aucun n'est exactement identique, mais la plupart sont similaires. Ils sont animés par des relations de cause à effet logiques qui progressent à travers des étapes allant de la naissance à la force et à la maturité, puis à la faiblesse et inévitablement au déclin. Ainsi le cycle de vie d'une personne dure en moyenne 80 ans mais il faut noter que beaucoup sont bien plus courts et d’autres sont plus longs.

Bien que l'âge puisse être un bon indicateur de la longévité future, un meilleur moyen est de regarder les indicateurs de santé. On peut faire de même avec les empires et leurs signes vitaux. J'ai découvert qu'en observant les indicateurs de changement de pouvoir, je pouvais voir à quel stade se trouvait un pays, ce qui m'a aidé à anticiper ce qui allait probablement se passer ensuite.

Maintenant, je vais vous présenter le grand cycle en détail. Donnez-moi 20 minutes et je vous donnerai les 500 dernières années d'histoire et vous montrerai les schémas similaires à travers les empires néerlandais, britannique, américain et chinois. 500 ans de grands cycles.

Je vais décrire le cycle typique en le divisant en trois phases.

La montée, le sommet et le déclin.

La montée.

Les nouveaux ordres réussis qui montent, tant internes qu'externes, sont généralement initiés par des leaders révolutionnaires puissants accomplissant quatre choses.

Premièrement, ils obtiennent le pouvoir en gagnant plus de soutien que l'opposition. Deuxièmement, ils consolident le pouvoir en convertissant, affaiblissant ou éliminant l'opposition pour qu'elle ne leur fasse pas obstacle.

Troisièmement, ils établissent des systèmes et des institutions qui font bien fonctionner le pays. Et quatrièmement, ils choisissent bien leurs successeurs, ou créent des systèmes qui le font, car un grand empire nécessite de nombreux grands leaders sur plusieurs générations. À ce stade, peu après avoir remporté le combat, il y a généralement une période de paix et de prospérité croissante car le leadership est clairement dominant et bénéficie d'un large soutien, donc personne ne veut le combattre.

Pendant cette phase, les leaders du pays doivent concevoir un excellent système pour accroître la richesse et le pouvoir du pays. Avant tout, pour être grand, ils doivent avoir une éducation solide, qui n'est pas seulement l'enseignement des connaissances et des compétences, mais aussi un caractère fort, de la civilité et une éthique de travail. Ceux-ci sont généralement enseignés dans la famille, les écoles et les institutions religieuses.

Cela fournit un respect sain pour les règles et les lois, de l'ordre au sein de la société, une faible corruption et permet de s'unir derrière un objectif commun et de bien travailler ensemble. En faisant cela, ils passent de plus en plus de la production de produits de base à l'innovation et à l'invention de nouvelles technologies. Par exemple, les Néerlandais se sont élevés pour vaincre l'empire des Habsbourg et devenir superbement éduqués.

Ils sont devenus si inventifs qu'ils ont créé un quart de toutes les grandes inventions du monde. La plus importante de ces inventions était celle des navires pouvant voyager autour du monde pour collecter de grandes richesses et l'invention du capitalisme tel que nous le connaissons aujourd'hui pour financer ces voyages. Comme tous les empires leaders, ils ont amélioré leur pensée en étant ouverts aux meilleures idées du monde.

En conséquence, les habitants du pays deviennent plus productifs et plus compétitifs sur les marchés mondiaux, ce qui se traduit par une production économique croissante et une part croissante du commerce mondial. Vous pouvez voir cela se produire maintenant alors que les États-Unis et la Chine sont à peu près comparables en termes de production économique et de parts du commerce mondial.

À mesure que les pays commercent davantage à l'échelle mondiale, ils doivent protéger leurs routes commerciales et leurs intérêts étrangers contre les attaques. Ils développent donc une grande force militaire. Si c'est bien fait, ce cycle vertueux conduit à une forte croissance des revenus, qui peut être utilisée pour financer des investissements dans l'éducation, les infrastructures et la recherche et le développement.

Ils doivent également développer des systèmes pour inciter et donner du pouvoir à ceux qui ont la capacité de créer ou de prendre des richesses. Dans tous ces cas, les empires les plus réussis ont utilisé une approche capitaliste pour développer des entrepreneurs productifs. Même la Chine, qui est dirigée par le Parti communiste chinois, a utilisé une forme de cette approche capitaliste.

Deng Xiaoping, interrogé à ce sujet, a déclaré : « Peu importe que ce soit un chat blanc ou un chat noir, tant qu'il attrape des souris. »

Et « c'est glorieux d'être riche. »

Pour bien faire cela, ils doivent développer leurs marchés de capitaux. Le plus important, leurs marchés de prêts, d'obligations et d'actions.

Cela permet aux gens de convertir leurs économies en investissements, de financer l'invention et le développement et de partager les succès de ceux qui font de grandes choses.

Les Néerlandais ont créé la première société cotée en bourse, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, et la première bourse pour la financer, qui faisaient partie intégrante du système qui a produit une richesse et un pouvoir massifs.

En conséquence naturelle, les plus grands empires ont développé les principaux centres financiers du monde pour attirer et distribuer les capitaux mondiaux. Amsterdam était le centre financier du monde lorsque les Néerlandais étaient prééminents, Londres l'était lorsque les Britanniques étaient au sommet, New York l'est maintenant, et la Chine développe rapidement ses centres financiers.

Le plus important, c'est que les capitalistes, les gouvernements et les militaires doivent travailler ensemble. Non seulement les Néerlandais travaillaient bien ensemble, mais ils ne faisaient qu'un. La Compagnie néerlandaise des Indes orientales bénéficiait d'un monopole commercial accordé par le gouvernement et avait son propre militaire officiellement sanctionné pour aller sur les marchés mondiaux faire et prendre de la richesse.

Les Britanniques ont suivi avec la Compagnie britannique des Indes orientales et ont eu une coordination similaire de leurs opérations gouvernementales, commerciales et militaires. Le complexe militaro-industriel américain a suivi l'exemple, tout comme le système chinois aujourd'hui. À mesure que le pays devient le plus grand empire commercial international, ses transactions peuvent être payées avec sa monnaie, ce qui en fait le moyen d'échange mondial préféré, et parce que sa monnaie est si largement acceptée et fréquemment utilisée, les gens du monde entier veulent épargner en elle, en faisant le principal moyen de conservation de la richesse.

Et donc la principale monnaie de réserve mondiale. Le florin était la principale monnaie de réserve mondiale lorsque les Néerlandais dominaient le commerce mondial. La livre l'était lorsque les Britanniques étaient en tête. Et le dollar l'est depuis que les États-Unis ont pris la tête. Naturellement, la monnaie chinoise est de plus en plus utilisée comme monnaie de réserve. Avoir une monnaie de réserve permet à l'empire d'emprunter plus que les autres pays.

Cet avantage est énorme. Réfléchissez-y.

Les gens du monde entier sont désireux d'épargner et donc de prêter leur monnaie à l'empire. Les pays sans monnaie de réserve n'ont pas cet avantage. Et lorsque l'empire épuise ses propres fonds, souvenez-vous des États-Unis en 1971, il peut toujours en imprimer davantage. Le privilège exorbitant accordé par la monnaie de réserve de l'empire conduit à une augmentation des emprunts et au début d'une bulle financière.

Cette série de relations de cause à effet, conduisant à des pouvoirs financiers, politiques et militaires mutuellement soutenus, renforcés par le pouvoir d'emprunt d'une monnaie de réserve, existe depuis que l'histoire a commencé à être consignée. Tous les empires qui sont devenus les plus puissants du monde ont suivi ce chemin vers le sommet.

Pendant la phase de domination, la plupart de ces forces sont maintenues, mais les fruits de leur succès contiennent les germes de leur déclin. En règle générale, à mesure que les habitants de ces pays riches et puissants gagnent davantage, cela les rend plus chers et moins compétitifs par rapport aux habitants d'autres pays qui sont prêts à travailler pour moins.

En même temps, les habitants d'autres pays copient naturellement les méthodes et technologies de la puissance dominante, ce qui réduit encore la compétitivité de cette dernière. Par exemple, les constructeurs de navires britanniques avaient des travailleurs moins chers que les constructeurs néerlandais. Ils ont donc embauché des designers néerlandais pour concevoir de meilleurs navires qui étaient construits par des travailleurs britanniques moins chers, les rendant plus compétitifs, ce qui a conduit les Britanniques à monter et les Néerlandais à décliner.

De plus, à mesure que les gens deviennent plus riches, ils ont tendance à travailler moins dur. Ils apprécient plus de loisirs, recherchent les choses plus fines et moins productives de la vie et, à l'extrême, deviennent décadents. Les valeurs changent de génération en génération pendant l'ascension vers le sommet, passant de ceux qui ont dû se battre pour atteindre la richesse et le pouvoir à ceux qui en ont hérité.

Ils sont moins aguerris, imprégnés de luxes et habitués à une vie facile, ce qui les rend plus vulnérables aux défis. L'âge d'or de l'empire néerlandais et l'ère victorienne de l'empire britannique étaient de telles périodes de grande prospérité.

À mesure que les gens s'habituent à bien vivre, ils misent de plus en plus sur la continuité des bons moments et empruntent de l'argent pour cela, ce qui se transforme en bulles financières. Naturellement, les gains financiers sont inégaux. Ainsi, l'écart de richesse se creuse. Les écarts de richesse sont auto-renforcés parce que les riches utilisent leurs ressources supérieures pour renforcer leurs pouvoirs.

Par exemple, ils accordent de plus grands privilèges à leurs enfants, comme une meilleure éducation, et ils influencent le système politique à leur avantage. Cela creuse les écarts de valeurs, de politique et d'opportunités entre les riches « nantis » et les pauvres « démunis ». Ceux qui sont moins bien lotis trouvent le système injuste, donc les ressentiments grandissent.

Mais tant que le niveau de vie de la plupart des gens continue d'augmenter, ces écarts de ressentiment ne se transforment pas en conflit. Avoir la monnaie de réserve mondiale conduit inévitablement à emprunter excessivement et contribue à ce que le pays accumule de grandes dettes auprès de prêteurs étrangers. Bien que cela augmente le pouvoir d'achat à court terme, cela affaiblit la santé financière du pays et affaiblit la monnaie à long terme.

En d'autres termes, lorsque les emprunts et les dépenses sont élevés, l'empire semble très fort, mais ses finances sont en fait affaiblies. Les emprunts soutiennent le pouvoir du pays au-delà de ses fondamentaux en finançant à la fois la surconsommation domestique et les conflits militaires internationaux nécessaires pour maintenir l'empire.

Inévitablement, le coût de maintien et de défense de l'empire devient supérieur aux revenus qu'il génère. Ainsi, avoir un empire devient non rentable. Par exemple, l'empire néerlandais s'est surmené à travers le monde et a mené des guerres de plus en plus coûteuses avec les Britanniques et d'autres puissances européennes pour protéger son territoire et ses routes commerciales.

De même, l'empire britannique est devenu massif et bureaucratique, perdant ses avantages concurrentiels alors que des puissances rivales, en particulier l'Allemagne, montaient en flèche, ce qui a conduit à une course aux armements de plus en plus coûteuse et à une guerre mondiale. Les États-Unis ont dépensé environ huit trillions de dollars pour les guerres étrangères et leurs conséquences depuis le 11 septembre, et des trillions de plus pour d'autres opérations militaires et pour soutenir des bases militaires dans 70 pays, et ils ne dépensent toujours pas assez pour soutenir leur compétition militaire avec la Chine dans la région autour de la Chine.

Dans ce cycle, les pays plus riches finissent par s'endetter davantage en empruntant auprès des pays pauvres qui épargnent plus. C'est l'un des premiers signes d'un changement de richesse et de pouvoir. Cela a commencé aux États-Unis dans les années 1980, lorsque le revenu par habitant était 40 fois supérieur à celui de la Chine, et a commencé à emprunter auprès des Chinois qui voulaient épargner en dollars parce que le dollar était la monnaie de réserve mondiale.

De même, les Britanniques ont beaucoup emprunté auprès de leurs colonies bien plus pauvres, et les Néerlandais ont fait de même à leur apogée. Si l'empire commence à manquer de nouveaux prêteurs, ceux qui détiennent leur monnaie commencent à chercher à vendre et à se retirer plutôt qu'à acheter, épargner, prêter et entrer, et la force de l'empire commence à décliner.

Le déclin. Le déclin provient de la faiblesse économique interne conjuguée à des luttes internes ou des combats externes coûteux, ou les deux. Typiquement, le déclin est d'abord graduel puis très soudain. Lorsque les dettes deviennent très importantes, qu'il y a un ralentissement économique et que l'empire ne peut plus emprunter l'argent nécessaire pour rembourser ses dettes, la bulle financière éclate.

Cela crée de grandes difficultés domestiques et force le pays à choisir entre faire défaut sur ses dettes ou imprimer beaucoup de nouvelle monnaie. Il choisit toujours d'imprimer beaucoup de nouvelle monnaie. D'abord progressivement, puis massivement. Cela dévalue la monnaie et augmente l'inflation. Pour les Néerlandais, il s'agissait de la crise financière provoquée par les excès financiers et le paiement de la Quatrième guerre anglo-néerlandaise.

De même, pour les Britanniques, c'était le paiement de leurs excès financiers et de leurs dettes issues des deux guerres mondiales. Et pour les États-Unis, il y a eu trois cycles de booms et de krachs financiers depuis les années 1990 avec l'intervention de la banque centrale chaque fois avec des mesures de plus en plus fortes. Lorsque le gouvernement a des problèmes pour se financer, que les conditions économiques sont mauvaises et que le niveau de vie de la plupart des gens diminue, et qu'il y a de grands écarts de richesse, de valeurs et de politique, le conflit interne entre les riches et les pauvres, ainsi que les différents groupes ethniques, religieux et raciaux augmente considérablement.

Cela conduit à un extrémisme politique qui se manifeste sous la forme de populisme de gauche ou de droite. Ceux de gauche cherchent à redistribuer la richesse tandis que ceux de droite cherchent à maintenir la richesse entre les mains des riches. Typiquement, en de telles périodes, les impôts sur les riches augmentent et lorsque les riches craignent que leur richesse et leur bien-être soient pris, ils se déplacent vers des lieux, des actifs et des monnaies où ils se sentent plus en sécurité.

Ces sorties réduisent les recettes fiscales de l'empire, ce qui conduit à un processus de creusement classique et auto-renforcé. Lorsque la fuite des capitaux devient suffisamment grave, les gouvernements l'interdisent. Ceux qui cherchent à sortir commencent à paniquer. Ces conditions turbulentes sapent la productivité, ce qui réduit la taille de l'économie et provoque plus de conflits sur la manière de diviser les ressources en diminution.

Des leaders populistes émergent des deux côtés et promettent de prendre le contrôle et d'apporter de l'ordre. C'est à ce moment que la démocratie est le plus mise à l'épreuve, car elle échoue à contrôler l'anarchie, et c'est le moment où un leader populiste fort qui apportera de l'ordre au chaos est le plus probable. À mesure que le conflit interne au pays s'intensifie, cela conduit à une forme de révolution ou de guerre civile pour redistribuer la richesse et forcer les grands changements nécessaires.

Cela peut être pacifique et maintenir l'ordre existant, mais c'est plus souvent violent et cela change l'ordre. Par exemple, la révolution Roosevelt pour redistribuer la richesse était relativement pacifique et a maintenu l'ordre interne existant, tandis que la révolution française, la révolution russe et la révolution chinoise étaient beaucoup plus violentes et ont conduit à de nouveaux ordres internes.

Ce conflit interne affaiblit l'empire et le rend vulnérable aux rivaux externes montants qui, voyant cette faiblesse domestique, sont plus enclins à monter un défi. Cela augmente le risque de grands conflits internationaux, surtout si le rival a construit une armée comparable. Se défendre et défendre son empire contre les rivaux nécessite de grandes dépenses militaires, qui doivent se produire alors que les conditions économiques domestiques se détériorent et que l'empire peut le moins se le permettre.

Puisqu'il n'existe pas de système viable pour régler pacifiquement les différends internationaux, ces conflits sont généralement résolus par des tests de puissance. À mesure que des défis plus audacieux sont lancés, l'empire dominant est confronté au choix difficile de combattre ou de se retirer. Combattre et perdre est le pire résultat, mais se retirer est également mauvais car cela cède du terrain au rival et signale que l'empire est faible aux pays qui envisagent de choisir leur camp.

Les mauvaises conditions économiques provoquent davantage de luttes pour la richesse et le pouvoir, ce qui conduit inévitablement à une forme de guerre. Les guerres sont terriblement coûteuses. En même temps, elles produisent les changements tectoniques qui réajustent les nouveaux ordres aux nouvelles réalités de la richesse et du pouvoir dans le monde. Lorsque ceux qui détiennent la monnaie de réserve et la dette de l'empire en déclin perdent confiance et les vendent, cela marque la fin de son grand cycle.

Sur les quelque 750 monnaies qui ont existé depuis 1700, moins de 20 % existent encore aujourd'hui, et toutes ont été dévaluées. Pour les Néerlandais, cela s'est produit après leur défaite lors de la Quatrième guerre anglo-néerlandaise, lorsqu'ils n'ont pas pu rembourser les énormes dettes qu'ils avaient accumulées. Cela a conduit à une panique bancaire à Amsterdam et à une vente désespérée, forçant une impression massive de monnaie, ce qui a dévalué la monnaie et fait s’effondrer l’empire jusqu'à l'oubli.

Pour les Britanniques, cela s'est produit après la Seconde Guerre mondiale, lorsque malgré leur victoire, ils ne pouvaient pas rembourser les énormes dettes contractées pour financer leur effort de guerre. Cela a conduit à une série d'impressions de monnaie, de dévaluations et de ventes de livres sterling, alors que les États-Unis et le dollar émergeaient dominants et créaient un nouvel ordre mondial.

Au moment de cet enregistrement, les États-Unis n'ont pas encore atteint ce point. Bien qu'ils aient une dette massive, dépensent plus qu'ils ne gagnent et financent ce déficit par des emprunts supplémentaires et l'impression de grandes quantités de nouvelle monnaie, la grande vente de dollars et de dettes en dollars n'a pas encore commencé. Et bien qu'il y ait de grands conflits internes et externes pour toutes les raisons classiques, ils n'ont pas encore franchi la ligne pour devenir des guerres.

Finalement, de ces conflits, qu'ils soient violents ou non, émergent de nouveaux gagnants qui se réunissent pour restructurer les dettes et les systèmes politiques des perdants et établir le nouvel ordre mondial. Alors le vieux cycle et l'empire se terminent et un nouveau commence, et tout recommence. C'est beaucoup de détails que je viens de vous donner pour peindre une image de la façon dont le cycle typique se déroule.

Bien sûr, ils ne se déroulent pas tous exactement de cette façon, mais la plupart suivent en grande partie ce schéma, à tel point que l'histoire des ascensions et des déclins reste essentiellement la même et que les seules choses qui changent sont les vêtements des personnages et les technologies qu'ils utilisent. Alors, où allons-nous ?

L'avenir.

La plupart des empires ont leur moment de gloire et déclinent inévitablement.

Renverser un déclin est difficile parce que cela nécessite de défaire beaucoup de choses qui ont déjà été faites, mais c'est possible. En observant ces indicateurs, il est assez facile de voir à quel stade du grand cycle un empire se trouve, à quel point il est en forme, et si sa condition s'améliore ou se détériore, ce qui peut aider à estimer combien d'années il lui reste.

Cependant, ces estimations ne sont pas précises et le cycle peut être prolongé si ceux qui sont en charge prêtent attention à leurs signes vitaux et les améliorent. Par exemple, en sachant qu'une personne a 60 ans, à quel point elle est en forme, si elle fume ou non et quelques autres signes vitaux de base, on peut estimer la longévité de la personne.

On peut faire de même avec les empires et leurs signes vitaux. Ce ne sera pas précis, mais cela sera largement indicatif et donnera une direction claire sur les mesures à prendre pour augmenter la longévité. Il est souvent le cas que la plus grande guerre d'une nation soit avec elle-même pour savoir si elle peut prendre les décisions difficiles nécessaires pour maintenir le succès.

Quant à ce que nous devons faire, cela se résume à deux choses : gagner plus que nous dépensons et nous traiter les uns les autres correctement. Toutes les autres choses que j'ai mentionnées - une éducation forte, l'inventivité, la compétitivité et tout le reste - ne sont que des moyens d'atteindre ces deux objectifs. Il est facile de mesurer si nous les réalisons.

Alors, comme les gens qui veulent se mettre en forme, mettons-nous au programme et améliorons nos signes vitaux. Faisons-le individuellement et collectivement. Mon objectif en partageant cette image de la façon dont le monde fonctionne et quelques principes pour bien y faire face est de vous aider à reconnaître où nous en sommes et les défis auxquels nous sommes confrontés, et à prendre les décisions sages nécessaires pour naviguer correctement en ces temps.

Voilà, c’est tout. Vous pouvez en apprendre davantage dans le livre.”

Ma lecture s’arrête ici.

J’aime beaucoup cette grille d’analyse car elle mélange plein de choses et qu’elle permet de prendre du recul par rapport à ce qui se joue aujourd’hui un peu partout donc.

Evidemment on ne résume pas tout un livre en quelques phrases et il faut tenir compte de tout un tas d’autres critère pour évaluer la santé d’un pays et les réfomes qu’il y aurait à faire. Mais dans les grandes lignes ça fonctionne plutot bien je trouve et ça peut aider les citoyens à réfléchir à la situation de leur pays, en comprenant notamment la place de la monnaie, de la dette, l’importance du niveau d’éducation, de la capacité d’innovation, du niveau d’inégalités, etc... A méditer donc.

Comme je vous l’ai dit, il manque dans ce résumé des détails sur la dimension énergétique et sur les aspects écologiques notamment. Pour faire court, un empire pour se développer et se maintenir a besoin d’accès à des ressources énergétiques. Cela peut se faire via une innovation technologique ou des developpements d’infrastructures. Par exemple les moulins à vent en Hollande, le charbon en Angleterre, et bien aussi par l’accaparemment des ressources et de la force de travail des pays colonisés. Et pour les USA, on peut se demander ce qu’il en aurait été sans une grande quantité de charbon et de pétrole sur leur propre territoire. Point besoin de moultes colonies dans leur cas. Pour creuser, je vous invite notamment à écouter les épisodes avec Matthieu Auzanneau.

Quant aux aspects ecologiques, l’histoire tend à montrer qu’une civilisation peut connaitre de serieux troubles lorsque son environnement se dégrade ou plus simplement du fait de la propagation de pandémies ce qui n’est pas forcément lié aux problématiques écologiques certes, mais qui doit nous rappeler que les humains dépendent aussi d’éléments de contexte extérieurs à eux-mêmes. Il y a terrain de jeu duquel tout dépend. Et lorsque la stabilité écologique n’est plus assurée, cela impacte évidemment tout le reste. Je vous invite à écouter les épisodes avec Laurent Testot ou Vincent Mignerot sur le sujet.

Enfin, pour finir, je voudrais mentionner un fait majeur pour mettre en perspective cette analyse par rapport à l’actualité. Le 9 juin 2024, il y a donc 10 jours au moment ou j’enregistre cet épisode, un accord vieux de 50 ans entre les USA et l’Arabid Saoudite a pris fin. Cet accord stipulait qu’en échange de la protection militaire des USA, l’Arabie Saoudite s’engageait à n’accepter que des dollars américains en échange de son pétrole. Autrement dit, malgré la fin de accords de bretton woods et l’étalon or, les USA en exigeant du reste du monde qu’il possède des dollars pour pouvoir achter du pétrole, s’était assuré que leur devise reste la monnaie de reserve. Ce pétro-dollar était une idée de génie et a largement contribué à assurer la domination américaine tout en leur permettant d’imprimer de la monnaie. Ce système vient tout juste de prendre fin et MBS Mohamed Bin Salman n’a pas renouvelé l’accord. Autrement dit, les chinois vont pouvoir acheter du pétole en Yen, les Russes en rouble et meme s’il est trop tot pour le dire, il n’est pas impossible de voir émerger une monnaie commune portée par le club des BRICS qui pour rappel regroupe le Breil, la Russie, l’inde la Chine et l’afrique du sud auxquels se sont ajouté cette année l’iran, l’egypte, l’ethipie les emirats arabes unis. L’Arabie saoudite est invitée mais hésite encore. Bref, nous assistons à la fin d’un ordre mondial largement dominé par les USA et cela aura évidemment des conséquences pour les Européens qui dépendent aujourd’hui largement des américains, notamment pour leur protection. Les prochaines années vont être sismiques sur ce plan là aussi… A suivre.

J’espère que ça aura contribué à vous donner de la hauteur de vue, en tout cas moi j’apprécie et ça m’aide à m’extraire de l’information quotidienne, des analyses à chaud et de mes propres émotions qui parfois m’aveuglent. C’est difficile d’y voir clair en ce moment, il y a tellement de paramètre à prendre en compte et on veut évidemment essayer de faire pour nous et pour nos communautés les meilleurs choix possibles, c’est à dire selon moi des choix qui tiennent compte de la réalité du monde physique, de l’économie, de la psychologie humaine, bref de toutes ces structures auxquelles ont ne peut pas vraiment échapper.

Je fini en citant Raymond Aron pour à la fois relativiser malgré tout notre marge de manoeuvre et en meme temps nous inviter à faire mieux que nous laisser baloter : “L'ignorance et la bêtise sont des facteurs considérables de l'Histoire.”

Je continue autant que possible de repousser au moins un peu ma propre ignorance, tout en sachant que c’est un projet un peu vain.

Restons ouverts et curieux.

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